François Damiens, de père en fils

C’est la première fois que François Damiens partageait l’écran avec Cécile de France. «C’était très coulant, très facile, très naturel. On a toujours l’impression qu’elle ne joue pas.»
Photo: SND Films C’est la première fois que François Damiens partageait l’écran avec Cécile de France. «C’était très coulant, très facile, très naturel. On a toujours l’impression qu’elle ne joue pas.»

Il a fait ses débuts comme humoriste dans sa Belgique natale, mais depuis plus d’une décennie, son visage de monsieur Tout-le-Monde — avec un grain — s’est imposé au cinéma français, où il a multiplié les rôles phares ces dernières années. Ses personnages de pères servis à toutes les sauces, dans le poignant Suzanne de Katell Quillévéré, l’amusante Famille Bélier d’Éric Lartigau (immense succès populaire) ou le dramatique Les cowboys de Thomas Bidegain, ont fait de François Damiens un acteur à la fois incontournable et difficile à bien cerner.

L’interprète vient de passer de l’autre côté de la caméra en tournant Mon ket (« mon fils » en bruxellois) avec caméra cachée, dans lequel il joue… un père mal embouché pour un film qui vient de prendre l’affiche en France.

Le film possède des ressorts du théâtre de boulevard, et je me suis demandé au début si on allait y croire, mais Carine Tardieu sait y faire et ses indications sont très précises

 

On l’a rencontré à Paris pour son rôle de fils (une fois n’est pas coutume) dans Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu, comédie sur la filiation dans laquelle il tient la vedette aux côtés de sa compatriote Cécile de France. Le film atterrira chez nous en salle vendredi prochain.

Damiens incarne un démineur breton (inspiré d’un personnage réel) qui découvre que son père biologique n’est pas celui qui l’a élevé. Et de partir à la découverte du géniteur auquel il s’attache et qu’il fréquente à l’insu du père adoptif, en découvrant l’amour en cours de route. Le tout sur un ton de comédie, avec chassés-croisés, quiproquos et autres procédés plus courants à la scène qu’au cinéma.

« Le film possède des ressorts du théâtre de boulevard, et je me suis demandé au début si on allait y croire, confesse François Damiens, mais Carine Tardieu sait y faire et ses indications sont très précises. Elle met la caméra à des endroits inusités, adopte un point de vue original, montrant l’avant et l’après des situations. Avec elle, les à-côtés sont plus révélateurs que l’histoire proprement dite. N’empêche que le grand défi du film était de rendre crédibles des situations a priori abracadabrantes. Quel couple se rencontre en écrasant sur la route un sanglier ? »

Son personnage le séduisait par ses côtés touchants et durs à la fois. « Il permet aussi de soulever des questions sur les rapports de paternité. Son père n’est pas celui qu’il croyait et il trouve le tour de naviguer à vue dans ces eaux-là, même avec les surprises du parcours. Oui, on peut entraîner le spectateur au-delà du rire. Impossible à mes yeux d’imaginer de comédie sans côtés sombres. »

La touche belge

Pour la première fois, François Damiens partageait l’écran avec Cécile de France. « C’était très coulant, très facile, très naturel. On a toujours l’impression qu’elle ne joue pas. » Tous deux font partie d’un vivier d’acteurs belges, y compris Benoît Poelvoorde, que la France a adoptés comme enfants de la maison. « Un humour national d’absurdité nous procure un certain décalage. On est pris dans toutes sortes de gymnastiques mentales qui ont leur charme, semble-t-il. »

Ça lui plaît de tourner en province (ici à Vannes, dans le Morbihan, région où il possède une maison) à cause du côté troupe qui lui rappelle celles du théâtre. « On vit en roulotte. On devient une famille. À Paris, chacun retrouve son monde le soir en se coupant du tournage, alors que des échanges naissent sur ces plateaux en circuits fermés. »

L’acteur aime passer du drame à la comédie, ou se poser sur une comédie dramatique comme Ôtez-moi d’un doute. Exceptionnel en figure vengeresse purement dramatique dans Les cowboys, il voudrait travailler encore avec le cinéaste Thomas Bidegain, quoique dans le registre de la comédie, où il se sent davantage en terrain connu.

Tout au début de sa carrière, François Damiens avait commencé par les caméras cachées, comme animateur piégeant les gens filmés à leur insu. En Belgique, il avait créé en 2000 le personnage de François l’Embrouille, as des canulars, mais sa célébrité chez lui finit par l’empêcher de se déguiser sans être reconnu et il devint acteur.

Ça lui a donné l’envie d’utiliser ce procédé de la caméra cachée dans son premier long métrage comme cinéaste, Mon ket, en se transformant physiquement. « Il s’agit d’un film de montage, explique-t-il, où le père sort de prison pour retrouver son fils et croise toutes sortes de gens. C’est aussi, je crois, une sorte d’état du monde. »

Cet entretien a été effectué à Paris dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.