«Wallay» : plongée vers soi sur la terre des aïeux

Ce film d’apprentissage adolescent se double de l’exploration d’une culture méconnue à travers une perspective qui ne verse jamais dans le misérabilisme.
Photo: Bathysphere Productions Ce film d’apprentissage adolescent se double de l’exploration d’une culture méconnue à travers une perspective qui ne verse jamais dans le misérabilisme.

Il n’est pas étonnant que Berni Goldblat, documentariste et citoyen du monde, né en Suède d’une mère suisse et d’un père polonais, désormais établi au Burkina Faso, ait choisi d’aborder pour son premier long métrage de fiction le choc des cultures.

Wallay, conte initiatique, suit le parcours d’Ady (Makan Nathan Diarra, trop faible), un adolescent parisien rebelle et délinquant, orphelin de mère, que son père d’origine burkinabée envoie dans son bled natal auprès d’un oncle traditionaliste découvrir une culture différente de la sienne et mûrir si faire se peut.

Avec des naïvetés scénaristiques, un rythme inégal, des jeux d’acteurs plus récités que ressentis, ce film, à l’adresse de toute la famille, dégage aussi un charme et touche du doigt des vérités touchantes qui se méritent, car il faut soulever des voiles d’irritation pour les atteindre. « Aujourd’hui, on est plus le fils de son époque que le fils de son père », lui lance avec à-propos une bonne sorcière en esquissant son portrait.

Avec des images très belles de Martin Rit qui rendent la beauté âpre du pays et une musique exceptionnelle de Vincent Segal sur instruments et accords burkinabés mariés à d’autres partitions du monde, ce classique film d’apprentissage adolescent se double de l’exploration d’une culture méconnue à travers une perspective qui ne verse jamais dans le misérabilisme.

Ady, qui snobe d’abord tout le monde, apprendra que son billet de retour lui sera livré s’il change son comportement, avant de peu à peu se laisser séduire par l’univers étrange qui s’ouvre à lui.

Une merveilleuse danse au village, une pêche sur le lac, des routes semi-désertiques, des jeux érotiques esquissés avec une jeune fille, des visages éclairés par le mystère, les yeux sombres de l’oncle qu’Ady finira par sauver de la noyade, les rituels de la sorcière ouvrent des avenues radieuses que le cinéaste ne parcourt pas toujours avec maîtrise. Ces étapes d’une évolution adolescente se jouent sur mélange de lucidité, d’innocence et de maladresses scénaristiques, en sincérité évidente.

L’initiation à l’âge adulte du personnage passe ici par le besoin de connaître ses origines. Cette vérité essentielle mérite de résonner aux oreilles du jeune public d’ici, s’il accepte de se laisser désarçonner au détour par les lourdeurs de Wallay.

Wallay

★★ 1/2

Drame de Berni Goldblat. Avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué, Josephine Kabore, Mounira Kankolé. France–Burkina Faso–Qatar, 87 minutes.