Harvey Weinstein plaide non coupable à des accusations de viol et d’agression sexuelle

Le producteur déchu Harvey Weinstein a plaidé mardi non coupable au tribunal de Manhattan.
Photo: Steven Hirsch Pool / Getty Images / AFP Le producteur déchu Harvey Weinstein a plaidé mardi non coupable au tribunal de Manhattan.

Harvey Weinstein a plaidé mardi non coupable des accusations de viol et d’agression sexuelle portées contre lui, ouvrant une bataille judiciaire emblématique pour le mouvement #MeToo qui rêve de le voir incarcéré.

Le producteur américain déchu de 66 ans, catalyseur du mouvement #MeToo et présenté depuis plusieurs mois comme l’un des plus dangereux prédateurs sexuels que l’Amérique moderne ait connus, n’a prononcé que quelques mots lors de l’audience, qui a duré 30 minutes à peine.

« Non coupable », a-t-il répondu d’une voix à peine audible au juge qui lui demandait ce qu’il entendait répondre aux trois chefs d’accusation retenus contre lui, deux pour un viol présumé en 2013 et un pour une fellation forcée en 2004.

M. Weinstein a dû déposer, après son inculpation le 25 mai, un million de dollars de caution. Il doit aussi porter un bracelet électronique et rester dans les États de New York et du Connecticut.

Son avocat, le ténor du barreau new-yorkais Ben Brafman, a quant à lui dénoncé devant le juge l’ultramédiatisation du dossier, et rappelé que son client devait bénéficier de la présomption d’innocence.

« M. Weinstein dément avoir commis ces crimes. Il maintient n’avoir jamais eu de relation non consentie […]. Aussi répréhensible que ce crime [le viol] puisse être, il est tout aussi répréhensible d’accuser faussement quelqu’un de viol », a déclaré M. Brafman, avant de souligner en sortant qu’il ferait tout pour exonérer son client.

Deux femmes seulement sont mentionnées dans l’acte d’accusation, mais près d’une centaine d’autres ont affirmé depuis octobre avoir été harcelées ou abusées sexuellement par M. Weinstein sur plusieurs décennies. Plusieurs ont reconnu avoir touché de l’argent en échange de leur silence sur ces agressions.

L’accusatrice de viol est restée anonyme jusqu’ici. Ben Brafman a affirmé, sans la nommer, qu’elle avait eu une liaison consentie durant 10 ans avec Weinstein, mais cette information n’a pas été confirmée.

L’accusation de fellation forcée émane, elle, de Lucia Evans, une consultante en marketing qui, en 2004, rêvait d’être actrice. Elle avait raconté en octobre son histoire au magazine New Yorker.

Condamné d’avance par l’opinion, Harvey Weinstein pourra-t-il éviter la prison ? « L’issue est difficile à prévoir », selon Suzanne Goldberg, professeure de droit à l’Université de Columbia.

Personne pourtant ne pense que les poursuites seront abandonnées, comme ce fut le cas pour Dominique Strauss-Kahn, accusé d’avoir agressé une femme de chambre dans un hôtel new-yorkais en 2011. Même si c’est le même Ben Brafman qui défendit l’ex-directeur du FMI face au même procureur de Manhattan, Cyrus Vance. L’expérience avait été humiliante pour M. Vance. Cette fois, il a pris toutes les précautions pour vérifier les preuves et la crédibilité des accusatrices, soulignent plusieurs avocats interrogés par l’AFP.

Harvey Weinstein, père de cinq enfants, fait également l’objet d’enquêtes criminelles à Los Angeles et à Londres, mais New York est la seule juridiction où il ait été formellement inculpé à ce stade. Il a aussi été attaqué au civil par une dizaine de femmes.