Gala Québec cinéma: «Les affamés» sacré Meilleur film

Le réalisateur Robin Aubert est reparti avec un Iris pour son travail sur le long métrage «Les affamés».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le réalisateur Robin Aubert est reparti avec un Iris pour son travail sur le long métrage «Les affamés».

Après avoir remporté cinq Iris au Gala Artisans jeudi dernier, Les affamés, de Robin Aubert, a ajouté trois prix au compteur ce dimanche lors du Gala Québec cinéma, celui de Meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien pour Brigitte Poupart (Jutra du Meilleur documentaire pour Over My Dead Body en 2013), qui y manie la machette avec une grâce féroce, celui de la Meilleure réalisation pour Robin Aubert et celui du Meilleur film. Qui a dit qu’on ne savait pas faire de cinéma de genre au Québec ?

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Brigitte Poupart a été couronnée du prix de la Meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien pour le personnage de Céline dans «Les affamés».

Émue, l’actrice a salué sa partenaire de jeu et « mère spirituelle », Micheline Lanctôt, remercié Robin Aubert pour ses personnages féminins qui sortent des clichés et dédié son prix à ces « femmes qui s’élèvent avec dignité au-delà de la médiocrité ». Fidèle à lui-même, le réalisateur a été bref et a salué deux de ses maîtres présents dans la salle, André Forcier et Robert Morin, «même s'ils ont un caractère de marde ». « Merci, Robin, d’avoir cru que j’étais la bonne personne pour produire ce film même si je n’avais pas beaucoup vu de films de zombies! », a dit Stéphanie Morissette de La maison de prod après avoir nommé tous les artistes et artisans du film. 
 

Tête hommagée
Le hasard a voulu que Robin Aubert, qui avait incarné son alter ego dans La comtesse de Bâton-Rouge, soit sacré réalisateur de l’année le soir où André Forcier (L’eau chaude, l’eau, frette, Au clair de la lune, Une histoire inventée) recevait le prix Iris Hommage pour l’ensemble de son éblouissante carrière. Étonnamment, l’enfant terrible du cinéma québécois n’avait jamais encore remporté d’Iris (ni de Jutra) …

Ont accompagné Robin Aubert sur scène Sophie Clément, Jean-Pierre Bergeron, Juliette Gosselin, Roy Dupuis, Gaston Lepage, France Castel et Geneviève Brouillette pour accueillir André Forcier, qui a demandé au public d’arrêter d’applaudir pour ne pas lui couper les trois minutes et demie qu’on lui accordait. 

Le grand cinéaste a salué ses professeurs qui lui ont fait découvrir le cinéma, ses premiers collaborateurs, ses amis et ses complices de longue date, sans oublier de mentionner que Téléfilm avait le même budget depuis quinze ans. « Vive la relève! Nuit #1, d’Anne Émond, et Mommy, de Xavier Dolan, sont des chefs-d’œuvre! Salut, Robert Morin, mes enfants trippent sur tes films, mon ostie! Allez voir le dernier Arcand, c’est notre plus grand », a-t-il lancé humblement à la fin de son discours.

Deux femmes en or
Écrit par Julien Corriveau (Les appendices) et Marie-Andrée Labbé (Trop), réalisé par Marc Coiteux, le Gala Québec cinéma a débuté par un efficace montage où Édith Cochrane et Guylaine Tremblay ont été parachutées dans différents films de l’année. À l’instar de Normand Brathwaite et Louise Marleau il y a quelques années au Gala des Jutra avec Brume de nuit, les deux actrices ont présenté un extrait d’un film de leur cru : La défriche

En vrac, les animatrices ont salué « Élise Guilbault pour son rôle dans le film de zombies de Bernard Émond, Pour vivre ici, ont « espéré que les films d’auteur vont finir par être le fun à regarder et que les films populaires vont finir par être bons », se dont dites « fières des personnages féminins et de Curieux Bégin d’être sortis de leur cuisine » et ont « salué Sophie Dupuis, seule femme finaliste dans la catégorie du Meilleur film, la seule qui devra parler de sa robe dans les journaux le lendemain ».  

« Merci, Guylaine, c’est toujours un plaisir d’animer avec toi! », a lancé Édith Cochrane en fin de soirée. « Je le sais ben, ma belle », lui a répondu Guylaine Tremblay avant de féliciter les gagnants de ce gala sans anicroches ni scandales.

Deux autres prix pour « Chien de garde »

Premier long métrage plus que prometteur de Sophie Dupuis, Chien de garde s’est illustré à deux reprises grâce au talent de ses interprètes, Théodore Pellerin, couronné Révélation de l’année, et Maude Guérin, lauréate du prix de la Meilleure interprétation féminine dans un premier rôle. Il s’agissait d’un premier Iris pour les deux acteurs ; notons que le jeune comédien révélé dans la série 30 vies faisait aussi partie de la distribution de Boost, de Darren Curtis, d’Ailleurs, de Samuel Matteau, et d’Isla Blanca, de Jeanne Leblanc. Au Gala Artisans, Dominique Fortin a remporté l’Iris du Meilleur montage pour Chien de garde.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Théodore Pellerin a reçu l’Iris de la Révélation de l’année pour le rôle de Vincent dans «Chien de garde».

Du côté des acteurs, Emmanuel Schwartz a remporté l’Iris de la Meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien, celui d’un fougueux coureur des bois pour Hochelaga, Terre des âmes, fresque historique de François Girard, lequel avait gagné quatre Iris jeudi dernier. L’acteur a salué le réalisateur François Girard et le producteur Roger Frappier d’avoir fait un film sur les Montréalais qui oublient qu’ils sont sur un territoire qu’ils croient être le leur.

En dévoilant son côté sombre, Christian Bégin s’est vu saluer du prix de la Meilleure interprétation masculine dans un premier rôle pour Le problème d’infiltration, portrait expressionniste d’un pervers narcissique de Robert Morin. Un premier Iris pour ces messieurs et pour le film de Morin.

Un premier Iris pour…

Décidément, cette édition du Gala Québec cinéma était la soirée des premières fois pour plusieurs artistes, dont les suivants. Lauréat de l’Iris de la Meilleure distribution des rôles la semaine dernière, Les rois mongols, charmante illustration de la crise d’Octobre à hauteur d’enfants de Luc Picard, s’est distingué une seconde fois grâce à la romancière Nicole Bélanger, lauréate du prix du Meilleur scénario. Ayant appris il y a cinq ans qu’elle avait un cancer en même temps que Luc Picard allait porter son roman à l’écran après vingt ans d’écriture, la scénariste a remercié le « grand esprit » pour ce miracle de film, Ours de cristal à Berlin, et sa guérison.
 

Sept ans après son premier long métrage, le percutant El Huaso, documentaire consacré à son père, Carlo Guillermo Proto a remporté l’Iris du Meilleur documentaire grâce à son bouleversant portrait d’une famille de non-voyants, La résurrection d’Hassan.

Meilleur court métrage canadien au TIFF, le charnel Pre-Drink, de Marc-Antoine Lemire, a remporté l’Iris du Meilleur court métrage de fiction, et l’émouvant Toutes les poupées ne pleurent pas, de Frédérick Tremblay, Grand prix de la compétition nationale au Festival de cinéma de la ville de Québec, celui du Meilleur court métrage d’animation.

L’Iris Prix du public a été attribué à Junior majeur, d’Éric Tessier, suite de Pee-Wee 3D : L’hiver qui a changé ma vie, sorti en 2012. Accompagné d’Antoine Olivier Pilon, Rémi Goulet et Alice Morel-Michaud, Patrick Roy des Films Séville est venu chercher ce prix qui remplace celui du Billet du film le plus populaire.

Pour la deuxième année de suite, le Gala Québec cinéma était animé par Édith Cochrane et Guylaine Tremblay en direct du Studio 42 de la Maison de Radio-Canada sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé et sur Radio-canada.ca/galaquebeccinema. Treize prix y ont été remis ; la semaine dernière, quatorze prix avaient été distribués au Gala Artisans. Au total, Les affamés a remporté huit Iris ; Hochelaga, Terre des âmes, cinq ; Chien de garde, trois ; Les rois mongols, deux.

Liste complète des gagnants

Iris de la Révélation de l’année : Théodore Pellerin (Vincent) – Chien de garde (Sophie Dupuis)

Iris de la Meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien : Emmanuel Schwartz (Étienne Maltais) – Hochelaga, Terre des Âmes (François Girard)

Iris de la Meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien : Brigitte Poupart (Céline) – Les affamés (Robin Aubert)

Iris du Meilleur film documentaire : La résurrection d’Hassan de Carlo Guillermo Proto (The Handshake Productions – Carlo Guillermo Proto) 

Iris du Meilleur court métrage | Fiction : Pre-Drink de Marc-Antoine Lemire (Midi La Nuit – Maria Gracia Turgeon | Les Films de la Méduse – Marc-Antoine Lemire)

Iris du Meilleur court métrage | Animation : Toutes les poupées ne pleurent pas de Frédérick Tremblay (Pierre Lesage, Frédérick Tremblay | La Bande Vidéo) 

Iris du Meilleur scénario : Nicole Bélanger – Les rois mongols (Luc Picard)

Iris Hommage : André Forcier 

Iris Prix du public : Junior Majeur d’Éric Tessier (Les Films Christal | Christal Films Productions – Christian Larouche)

Iris de la Meilleure réalisation : Robin Aubert – Les affamés 

Iris de la Meilleure interprétation féminine dans un premier rôle : Maude Guérin (Joe) – Chien de garde (Sophie Dupuis)

Iris de la Meilleure interprétation masculine dans un premier rôle : Christian Bégin (Louis) – Le problème d’infiltration (Robert Morin)

Iris du Meilleur film : Les affamés (Robin Aubert) – La maison de prod – Stéphanie Morissette