«Tout le monde debout»: au ras des pâquerettes

Le jeu conquérant d’Alexandra Lamy permet presque de croire à la perfection dramaturgique invraisemblable de son personnage.
Photo: AZ Films Le jeu conquérant d’Alexandra Lamy permet presque de croire à la perfection dramaturgique invraisemblable de son personnage.

Afin de séduire une jeune aide-soignante, un Casanova sur le retour feint la paraplégie. Or, voilà qu’il s’éprend plutôt de la soeur de celle-ci, qui, elle, est réellement handicapée. Et la supercherie de durer, alors que l’attirance s’avère mutuelle. La prémisse de la comédie sentimentale Tout le monde debout n’est ni drôle ni romantique, mais elle se veut apparemment craquante. Du moins, suffisamment pour qu’on ait envie de savoir de quelle manière, inévitable, l’agresseur et sa victime — pardon, le charmant escogriffe et la belle compréhensive — finiront ensemble.

On a beau vouloir éviter la posture morale pour critiquer un film, il n’empêche… Cette première réalisation de l’acteur et humoriste Franck Dubosc (Boule et Bill), qui signe le scénario en plus de tenir la vedette, témoigne d’une conception étriquée, passéiste des rapports amoureux et, par extension, humains.

La séquence d’ouverture à l’aéroport est éloquente : Jocelyn, 49 ans, en forme, cheveux argentés et sourire étincelant, reluque avec ostentation tous les derrières féminins de moins de 30 ans qui croisent son chemin.

Et je feins d’échapper un truc par terre, et tu te penches pour le ramasser, et je plonge mon regard dans ton décolleté : gros plan de la poitrine une fois, deux fois… Trois fois ? On ne saurait dire : on était occupé à rouler des yeux.

Vernis de sophistication

Et si le film se trouvait ainsi à mettre la table pour une déconstruction d’une certaine image du séducteur français véhiculée dans quantité de films d’antan ? Ces types qui giflaient volontiers les femmes avant de les embrasser (ce dont s’abstient heureusement Jocelyn). Une déconstruction, donc. Parce qu’on n’est plus là, parce que 2018, parce que #MoiAussi. Non, il ne s’agit pas d’une hyperbole.

Car c’est ça. C’est platement ça. Jocelyn est l’archétype grossier du bellâtre macho et mytho qu’un vernis de sophistication rend irrésistible. Bien sûr, ses proches désapprouvent. « C’est mal, ce que tu fais », répètent-ils avec indulgence : façon pour le film de se dédouaner. Et puis, Jocelyn n’est au fond qu’un petit garçon qui vient de perdre sa mère (deuil qui tient lieu à la fois de psychologie et d’alibi au personnage).

Entre en scène cette « femme qu’il ne mérite pas », au contact de laquelle il se transformera : Florence. Elle est tout le contraire de Jocelyn : authentique et traversant l’existence avec une droiture dont lui est incapable, et ce, bien qu’elle soit, des deux, celle qui est confinée à un fauteuil roulant.

En fait, Florence est d’une perfection dramaturgique invraisemblable, mais le jeu conquérant d’Alexandra Lamy (Brice de Nice) permet presque d’y croire. Elle est le principal atout d’un film dont les rares bonnes idées restent inabouties. On pense à cette apparition de Claude Brasseur, en paternel âgé, dans une scène qui sombre dans l’humour scatologique facile après avoir flirté avec l’émotion sans se commettre (à l’instar du protagoniste).

Clichés éculés

Les seconds rôles, pour leur part, tiennent d’un cliché éculé ou d’un autre : la bimbo pas si sotte, la secrétaire maladroite secrètement amoureuse de son patron, l’ami gai sage (et forcément volage)…

Dans les années 1970, 1980, début 1990 en poussant, un tel film eût pu être digeste, voire rigolo, recul historique aidant. Là, c’est pénible.

Oui, mais c’est du cinéma, objectera-t-on. C’est discutable. En tout cas, rien dans la réalisation à numéros ne permet d’en jurer. Oui, mais c’est léger, sans prétention… Et ça empêche d’être pertinent ?

Pour ce qui est du dénouement attendu, tributaire d’une révélation fort peu plausible, il est censé excuser le comportement inexcusable de Jocelyn, héros romantique réhabilité.

Ou lorsqu’on confond ringardise et charme suranné.

Tout le monde debout

★★

Comédie sentimentale de Franck Dubosc. Avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Gérard Darmon, Elsa Zylberstein, Caroline Anglade, Claude Brasseur. France, 2018, 107 minutes.