«La chute de Sparte»: l’âge des premières fois

Le personnage de Steeve Simard aura exigé cinq ans d’écriture au romancier et à son complice scénariste et réalisateur avant d’apparaître au grand écran sous les traits de Lévi Doré, dont le talent a été révélé avec éclat dans la série «Au secours de Béatrice».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le personnage de Steeve Simard aura exigé cinq ans d’écriture au romancier et à son complice scénariste et réalisateur avant d’apparaître au grand écran sous les traits de Lévi Doré, dont le talent a été révélé avec éclat dans la série «Au secours de Béatrice».

Né de la plume de Biz en 2011 dans le roman La chute de Sparte (Leméac Ado), Steeve Simard aura exigé cinq ans d’écriture au romancier et à son complice, le scénariste et réalisateur Tristan Dubois, avant d’apparaître au grand écran sous les traits de Lévi Doré, dont le talent a été révélé avec éclat dans la série Au secours de Béatrice. De fait, ce n’est qu’au quatrième dépôt que leur scénario a été accepté.

« Le film qu’on sort maintenant est meilleur que celui qu’on aurait sorti s’il avait été accepté au premier dépôt, dit Biz. L’adaptation me donnait l’occasion d’améliorer mon livre avec un spécialiste des personnages et du cinéma. J’ai eu une volonté d’adoucir l’éditorial parce que je ne veux plus faire de morale ; j’aime mieux cet aspect-là du film par rapport au livre. »


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Biz

Ayant vécu quelques expériences désastreuses lors de réalisations bicéphales, Tristan Dubois affirme d’emblée ne pas être friand de l’écriture à quatre mains. En cinq ans, il a toutefois eu la surprise de développer une complicité de vieux couple avec Biz.

« C’est l’exception qui confirme la règle, confirme le réalisateur. On se complète super bien ; je suis plus technique alors qu’il est plus dans le vocabulaire. C’est Biz qui trouve le mot précis pour exprimer une quelconque émotion. Au cinéma, il faut que ce soit “short and sweet”. »

« Avec Loco Locass, je suis habitué à travailler avec deux autres cerveaux depuis un bout, mais c’est moi qui signe mes textes, explique Biz. Cette fois, on écrit à deux, mais on part de ma patente et on l’amène ailleurs. Au début, on reprenait presque scène par scène ce qu’il y avait dans le livre. Rapidement, on a vu qu’il y avait des affaires qui ne marchaient pas. »


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Tristan Dubois

Tous deux ont alors dû faire quelques sacrifices afin de faciliter le passage de La chute de Sparte de l’écrit à l’écran : « Mon attitude n’était pas de dire “c’est mon livre, c’est un succès, tu ne touches à rien !” raconte l’auteur. Si tu ne veux rien changer à ton livre, tu n’as qu’à filmer quelqu’un en train de le lire assis sur une chaise : degré zéro d’adaptation, degré zéro d’intérêt ! »

« Ma plus grande crainte dès le début, et on a eu de franches discussions avec Biz, c’est que je ne voulais pas être son sous-fifre et qu’il me demande de ne rien toucher du roman », se souvient Tristan Dubois, qui a apporté des éléments fantaisistes et oniriques à l’ensemble. « Là où j’ai le plus halluciné, c’est que Biz a fait preuve d’abnégation chaque fois qu’on enlevait des scènes, déchirait des pages, cassait des affaires ou modifiait des personnages. C’était toujours au bénéfice du film. »

Les lecteurs de ce récit campé à la polyvalente (fictive) Gaston-Miron de Saint-Lambert auront tôt fait de remarquer que certains personnages brillent par leur absence ou ont quelque peu changé. Si Steeve en pince toujours pour Véronique (Lili-Ann de Francesco, plus jeune candidate de l’histoire de La voix), Latreille (Simon Duchesne, que l’on verra dans La disparition des lucioles de Sébastien Pilote) s’est étoffé, Louis-Étienne s’est volatilisé et Samir s’est « virgilisé », pour reprendre l’expression de Biz.

À hauteur d’ados

D’un commun accord, Biz et Tristan Dubois ont préféré choisir les jeunes acteurs pour leur talent et non pour leurs origines ethniques. Impressionnés par l’audition de Jonathan St-Armand, prometteur débutant d’origine haïtienne, ils ont fait du personnage de Virgile le meilleur ami de Steeve. Auditionnant pour le rôle de Giroux, blond dans le roman, Karl Walcott, né d’un père barbadien et d’une mère croate, leur a prouvé qu’il avait tout ce qu’il fallait pour terrifier Steeve dans les corridors de Gaston-Miron.

Ce qui a mené les deux scénaristes à faire leurs choix de casting, c’est leur volonté de faire de La chute de Sparte un film sincère et authentique : « C’est ça, la clé avec les jeunes, qui ont un détecteur de bullshit », lance Biz.

Alors qu’une affiche de Pierre Bourgault, le montrant lors de son arrestation à la Saint-Jean-Baptiste de 1968 tel que croqué par Antoine Désilets, orne la porte de la chambre de Steeve afin de lui rappeler l’importance des rêves de jeunesse, Biz et Tristan Dubois ont voulu se coller à la réalité des jeunes. Toutefois, ils se défendent d’avoir voulu faire un film d’ados.

« Je me bats en continu avec ça, affirme le réalisateur. Pour moi, il n’y a pas de films policiers, de médecine… La chute de Sparte, c’est un film avec des ados. Un bon film, c’est une bonne histoire qui s’adresse à tout le monde. »

« Jamais je n’ai pensé à des lecteurs ados quand j’écrivais le livre, se souvient Biz. J’avais juste besoin d’un sujet tragique et je trouve que l’adolescence, c’est tragique. Tout est plus grand, tout est magnifié. On a des osties de cocktails d’hormones et de montagnes russes d’émotions à gérer ; ensuite, on court toute notre vie d’adulte après la sensation des premières fois. »

La chute de Sparte sera à l’affiche le 1er juin.

Une équipe gagnante

Faire un film à hauteur d’ados sans musique ? Impossible !

« Steeve a toujours ses écouteurs, fait remarquer Biz. Quand tu vis tes premières fois à l’adolescence, la musique que tu écoutes devient la trame sonore du film de ta vie. La Bronze a une voix planante, éthérée ; elle est la voix intérieure de Steeve, sa poésie. Manu Militari, c’est la voix du Steve fantasmé, celui qui a de l’assurance. »

Ayant choisi La Bronze pour sa mélancolie, Tristan Dubois est allé chercher Sophie Lupien, qui avait signé la trame sonore de ses courts métrages Sas et Changing Mind, et Chafik (de Loco Locass) pour recréer différentes musiques, dont le disco endiablé sur lequel se déhanche Jean-Marc Généreux dans le rôle du prof de chimie : « On ne voulait pas que la musique soit plaquée ; on voulait qu’elle raconte quelque chose. »

« La Bronze, c’est le centre du premier trio ; Chafik et Sophie Lupien, les deux ailiers ; Muzion et Manu Militari, les deux gros défenseurs ; et Gaston Miron, le gardien », résume Biz. On voulait une trame sonore 100 % québécoise et 100 % francophone. De plus en plus, on prend de la musique québécoise en anglais sous prétexte que, quand on comprend les mots, ça ne marche plus avec l’image. Criss de niaisage ! Que quelqu’un me dise que les paroles de La Bronze et de Manu Militari interfèrent avec l’histoire, je ne le croirai pas ! Ça fait cinq ans qu’on pense à la musique ! »