«Solo, une histoire de Star Wars»: un bon pressentiment

Le mythique personnage de Han Solo dans sa prime jeunesse est campé par l’acteur américain Alden Ehrenreich.
Photo: Walt Disney Studios Motion Pictures Canada Le mythique personnage de Han Solo dans sa prime jeunesse est campé par l’acteur américain Alden Ehrenreich.

C’était un peu la chronique d’une catastrophe annoncée. Après le renvoi à la onzième heure des coréalisateurs vedettes Phil Lord et Christopher Miller par la présidente de Lucasfilm, Kathleen Kennedy, on craignait le pire pour Solo, une histoire de Star Wars. D’autant plus que le successeur désigné des irrévérencieux jeunots, le vétéran Ron Howard, n’a rien livré de bien excitant depuis longtemps. Or, contre toute attente, le résultat est très divertissant. Un rappel que du bon vieux savoir-faire est parfois ce qui convient le mieux à un projet. Comme chacun le sait (à moins de vivre dans une galaxie lointaine, très lointaine), le film conte les aventures de jeunesse du « gentil vaurien » Han Solo.

On renoue avec Han (Alden Ehrenreich, le charisme intermittent) en tout jeune homme orphelin dans un contexte évoquant Oliver Twist à la sauce spatiale. On n’en dira pas plus sinon qu’il s’échappe, non sans déchirement, la prunelle de ses yeux, Q’ira (Emilia Clarke, nuances d’aplomb), étant restée derrière.

Après avoir bourlingué du côté de l’Empire afin de parfaire ses talents de pilote, Solo, qui, on s’en souviendra, a un problème avec l’autorité, se retrouve du côté des hors-la-loi. Avec l’équipage d’un certain Beckett (Woody Harrelson, fameux), il fomente l’équivalent, habilement transposé, d’une classique attaque de train.

Pour le compte, le film est conçu comme un western campé dans un contexte de space opera.

Aller voir Solo, une histoire de Star Wars ou pas? 
 

Construction rigoureuse

Trépidante, l’action n’en est à ce stade même pas au premier tiers. On ne dévoilera pas dans quelles circonstances Solo retrouve Q’ira, ou fait la connaissance de Chewbacca, ou celle d’un certain Lando Calrissian (Donald Glover, qui vole la vedette)... On précisera toutefois qu’en ces occasions, le scénario de Jonathan Kasdan et de son père Lawrence Kasdan réussit à évoquer, par moments, la magie d’antan. Ce qui n’est guère étonnant puisque Lawrence Kasdan fut le coscénariste de L’Empire contre-attaque, Le Retour du Jedi et Le réveil de la Force (en plus de réaliser cet excellent western qu’est Silverado).

Dans l’ensemble, Solo, une histoire de Star Wars séduit par son mélange de révérence envers les épisodes originaux et sa capacité à étoffer un personnage ayant accédé au statut d’icône de la culture populaire. La construction narrative est plus rigoureuse (d’aucuns diront plus traditionnelle) que celle du Dernier Jedi de Rian Johnson. À cet égard, les spectateurs qui tiennent ce récent opus pour le nouveau modèle à suivre resteront sans doute sur leur faim avec cet antépisode-ci.

Photo: Walt Disney Studios Motion Pictures Canada On ne dévoilera pas dans quelles circonstances Solo fait la connaissance d’un certain Lando Calrissian (Donald Glover, qui vole la vedette)...

Lequel, comme Rogue One, s’amuse à inventer des péripéties passées tout en jetant des ponts avec des événements futurs encore inconnus des personnages, mais connus — et aimés — de légions de fans.

Entendu que de manière générale, l’effet de nouveauté, de fraîcheur, est absent à force de visites dans l’univers Star Wars. Cela dit, les Kasdan, et Kennedy aux commandes au-dessus d’eux, parviennent à intégrer juste assez d’éléments surprenants (le droïde contestataire de Lando, l’émouvante ambiguïté de Q’ira, la diversité tous azimuts, tout le troisième acte) pour éviter que s’installe une impression de recyclage.

Habile exécution

Imparti de moyens conséquents et d’effets spéciaux remarquables, Ron Howard se fait habile exécutant, sa force, en l’occurrence. Howard qui, pour la petite histoire, revient dans le giron de Lucasfilm 30 ans après la fantaisie culte Willow, dont la vedette Warwick Davis, ancien Ewok dans Le Retour du Jedi, fait ici une chouette apparition.

Les hommages et clins d’oeil aux péripéties qui suivront dans la chronologie Star Wars sont d’ailleurs nombreux, mais jamais plaqués ou trop appuyés. Sans surprise, tout est en place, à la fin, pour l’ajout d’un autre antépisode avec Solo. L’Empire (Disney) souhaitera-t-il rempiler? C’est là une question rhétorique.

Si cette suite s’avère du même calibre que ce film-ci, ce ne serait pas une catastrophe.

Le film prend l'affiche vendredi.

Solo, une histoire de Star Wars (V.F. de Solo: A Star Wars Story)

★★★★

Aventures de Ron Howard. Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke,Woody Harrelson, Donald Glover, Thandie Newton. États-Unis, 2018, 135 minutes.