«Birthmarked»: les parents terribles

Le scénariste-réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais révèle que le décès de son père en 2016 a joué un rôle dans le processus créatif de «Birthmarked».
Photo: Marie-France Coallier Le devoir Le scénariste-réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais révèle que le décès de son père en 2016 a joué un rôle dans le processus créatif de «Birthmarked».

Emanuel Hoss-Desmarais et Marc Tulin sont respectivement nés d’un père cinéaste et d’un père médecin. En discutant de ce que leurs parents leur avaient transmis, tous deux essayaient d’imaginer ce qu’ils seraient devenus si les premiers avaient voulu contrôler la destinée de leur progéniture.

« Ayant fait des études en biologie, Marc a été surpris du souci de la performance dans le milieu universitaire, où il y a toujours cette pression de “publish or perish” (publie ou péris). Les scientifiques sont obligés d’avoir un côté novateur. Cette double pression d’être performant et novateur nous a intéressés », raconte Emanuel Hoss-Desmarais.

Alors qu’ils élaboraient le scénario de Birthmarked, le scénariste-réalisateur et son complice ont décidé de le mettre de côté afin de se consacrer à celui de Whitewash : L’homme que j’ai tué, thriller psychologique opposant Thomas Haden Church et Marc Labrèche, sorti en 2014.

En revenant s’atteler à Birthmarked, Emanuel Hoss-Desmarais et Marc Tulin n’arrivaient plus à voir leur scénario de la même façon. La raison ? Tous deux étaient entre-temps devenus papas ; le premier d’une fille, le second, de deux filles. « Le film est alors devenu un regard sur la famille et une volonté de comprendre la dynamique familiale plus qu’un film sur l’ambition et sur le désir de laisser sa marque », se souvient le réalisateur.

Petits rats de laboratoire

Campé dans les années 1970 et 1980, Birthmarked met en scène deux scientifiques, Catherine (Toni Collette) et Ben (Matthew Goode), qui élèvent leur fils biologique Luke (Jordan Poole) afin qu’il devienne un artiste. Ayant également adopté Maurice (Anton Gillis-Adelman), né de parents belliqueux, et Maya (Megan O’Kelly), née de parents peu brillants, Catherine et Ben veulent faire du premier un pacifiste et de la seconde, un génie. Bref, les parents-scientifiques veulent ainsi que l’acquis l’emporte sur l’inné. Or, la vie réserve son lot de surprises, bonnes et mauvaises.

« C’est épatant de voir que, dans les années 1940, on a tiré des conclusions sur l’inné et l’acquis et qu’à la moitié des années 1950, on a complètement changé la façon de voir ça. Dans les années 1960, les scientifiques croyaient dur comme fer qu’on pouvait vraiment contrôler le destin d’un individu ; il y avait beaucoup de recherches crédibles qui allaient dans ce sens-là. »

Outre les lectures d’Emanuel Hoss-Desmarais et Marc Tulin sur l’inné et sur l’acquis, l’un des éléments ayant beaucoup influencé Birthmarked fut le documentaire de James Marsh, d’après le livre d’Elizabeth Hess, Projet Nim (2010), retraçant le destin d’un chimpanzé élevé dans une famille humaine dans les années 1970 afin d’y apprendre à communiquer.

« On s’est rendu compte en voyant ce film qu’éthiquement, au niveau de la morale, et très, très vite, qu’on avait énormément changé. Il y a des choses qui se faisaient au niveau scolaire et universitaire dans les années 1960, 1970 et 1980 dont on ne reviendrait pas aujourd’hui. On savait donc qu’on devait camper le film avant les années 1990. »

Parmi les éléments dont ils devaient aussi tenir compte, il y avait aussi l’âge des enfants-cobayes : « Le film se passe au moment où les enfants approchent de l’adolescence. On a réalisé que c’était intéressant de camper le gros du récit juste avant la crise identitaire pour qu’on puisse avoir ce moment entre l’enfance, où on a un certain contrôle sur les enfants, et l’adolescence, où on perd le contrôle sur eux. Plusieurs scènes ne fonctionneraient pas si les enfants avaient 15 ou 16 ans. »

L’hiver de force

Bien que Whitewash : L’homme que j’ai tué et Birthmarked proposent des univers totalement différents, tous deux partagent quelques points communs, dont le mélange de tons et de genres, qu’affectionne Emanuel Hoss-Desmarais, et un récit campé en hiver. Or, sur ce dernier point, le cinéaste dévoile que la blanche saison a été imposée par l’horaire chargé de Toni Collette et de Matthew Goode, qui ne pouvaient tourner qu’en décembre et en janvier.

« Birthmarked devait être un film d’été ; avec Marc Tulin, on a pris une semaine pour changer le scénario. Tout le monde disait qu’on allait perdre la magie de l’été, mais moi, j’étais tellement content que ce soit l’hiver parce que je disais qu’on allait gagner dans le côté claustrophobe de l’hiver. On avait déjà l’idée du labyrinthe avec la maison perdue et isolée en forêt et, là, je voyais en plus la magie de l’hiver. »

Si le changement de saison et la paternité ont enrichi le récit, Emanuel Hoss-Desmarais révèle que le décès de son père en 2016 a également joué un rôle dans le processus créatif : « J’étais dans une espèce de tourbillon d’émotions. Je me suis donc laissé guider par le coeur. Le film aurait sans doute été différent dans d’autres circonstances. »

À l’affiche le 25 mai

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