«Lou et l’île aux sirènes»: pour vivre, il faut entrer dans la danse

Masaaki Yuasa ne cherche pas jusqu’à l’obsession la finesse des traits et des effets, «Lou et l’île aux sirènes» affichant une esthétique artisanale, parfois dépouillée, ou arborant les couleurs primaires d’un vif éclat.
Photo: Cinéma du Parc Masaaki Yuasa ne cherche pas jusqu’à l’obsession la finesse des traits et des effets, «Lou et l’île aux sirènes» affichant une esthétique artisanale, parfois dépouillée, ou arborant les couleurs primaires d’un vif éclat.

Les influences animées du cinéaste japonais Masaaki Yuasa (Mind Game, Ping-pong) vont dans toutes les directions, et il les assume parfaitement, gavé pendant l’enfance de séries télévisées de son pays et d’ailleurs, sachant apprécier les cartoons américains ou les excentricités du Canadien George Dunning dans Yellow Submarine.

L’eau est visible partout dans Lou et l’île aux sirènes, une autre fantasmagorie dont il a le secret, reprenant à la fois des postures familières du cinéma jeunesse et des visions catastrophistes qui imprègnent depuis toujours la psyché japonaise : un tsunami ou un tremblement de terre est si vite arrivé en ces contrées…

Les habitants du village côtier de Hinashi, eux, craignent les caprices de la mer, et ceux des sirènes, encore traumatisés par une inondation ayant emporté de nombreux êtres chers — certains les pleurent encore après toutes ces années. Le jeune Kai ne pleure jamais, mais tout son être suinte l’ennui, sauf lorsqu’il joue de la musique, et la diffuse en ligne ; deux camarades de classe, éblouis par ses talents, veulent l’inclure dans leur groupe encore très amateur. Lorsqu’ils décident de pratiquer sur l’île que tous redoutent, et où personne ne met jamais les pieds, ils ont la surprise de voir apparaître Lou, une sirène survoltée et dotée de jambes lorsqu’elle entend de la musique.

Lou ne demande pas mieux que de se faire des amis — elle le répète à maintes reprises, et dans un vocabulaire plutôt limité —, mais sa présence suscite autant l’étonnement que la méfiance, et un branle-bas de combat général dans ce lieu paisible, surtout pétrifié par la peur et la routine. Avec ses semblables, bien que toute chose soit relative quand des sirènes ressemblent à des chiens !, et un père gigantesque qui donnerait la frousse à Jaws (la référence ne souffre d’aucun excès de subtilité), Lou insuffle au jeune Kai, et par la suite à tous ses concitoyens, une nouvelle énergie. Mais avant d’en arriver là, les catastrophes vont se multiplier, dans la plus pure tradition du cinéma apocalyptique japonais.

Masaaki Yuasa ne cherche pas jusqu’à l’obsession la finesse des traits et des effets, Lou et l’île aux sirènes affichant une esthétique résolument artisanale, parfois dépouillée, ou arborant les couleurs primaires d’un vif éclat. Ce qui ne l’empêche pas d’orchestrer une escalade parfois étonnante, parfois démesurée, des éléments déchaînés, comme la lumière du soleil, menace à la survie des sirènes, et l’omniprésence de l’eau, transformée en cubes volants, parfois d’une teinte verdâtre évoquant la terreur nucléaire.

Ces visions cauchemardesques sont télescopées par des personnages à la psychologie sommaire, acteurs d’une fable universelle sur le respect des différences et de la nature, que l’être humain cherche à domestiquer par tous les moyens, y compris les plus détestables. On peut parier que les jeunes spectateurs voudront plutôt taper du pied chaque fois que surgiront les rythmes électros, ceux qui donnent des jambes aux sirènes et du tonus à un film qui aurait gagné à moins s’éparpiller en pirouettes.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Lou et l’île aux sirènes

★★★

Film d’animation de Masaaki Yuasa. Japon, 2017, 112 minutes.