«Modifié»: graines d'avenir

La cinéaste explique que seulement 2 des 53 recommandations de la Société royale du Canada sur la réglementation des OGM ont été mises en vigueur.
Photo: Peas in a pod La cinéaste explique que seulement 2 des 53 recommandations de la Société royale du Canada sur la réglementation des OGM ont été mises en vigueur.

Aube Giroux voulait faire un film sur l’alimentation, elle s’est retrouvée à faire un film sur la démocratie. C’est ce que la jeune cinéaste raconte dans son documentaire Modifié, à l’affiche à la Cinémathèque québécoise du 18 au 24 mai.

C’est dans le potager de sa mère que la jeune Aube a développé une passion pour la nourriture et pour ses racines. C’est aussi sa mère, Jalie Giroux, qui l’a initiée à son combat contre les organismes modifiés génétiquement, ou tout au moins pour l’étiquetage de ceux-ci.

De la France à la Californie, en passant par le potager familial, on suit la documentariste dans une enquête portant sur la modification génétique des semences, soit principalement le maïs, le canola, la betterave à sucre et le soya.

Le documentaire met en évidence la grande disparité entre les réglementations européennes, beaucoup plus sévères, notamment sur l’étiquetage, et la réalité nord-américaine.

Sur la planète, lit-on à la fin du documentaire, 38 pays ont banni les organismes génétiquement modifiés et 64 pays ont légiféré sur leur étiquetage. Au Canada, la documentariste se bute au refus de Santé Canada de s’expliquer devant la caméra sur la question. La compagnie Monsanto a décliné toute demande d’entrevue.

Aube Giroux explique aussi que seulement 2 des 53 recommandations de la Société royale du Canada sur la réglementation des OGM ont été mises en vigueur.

À travers diverses entrevues avec des fermiers nord-américains, on découvre que les OGM ne règlent pas le problème de l’utilisation des pesticides. Au contraire. De la même manière que les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques, leur utilisation rend les insectes plus résistants, ce qui force les agriculteurs à se remettre à l’utilisation de pesticides.

Par ailleurs, quelques agriculteurs, convertis à la récolte biologique, mettent en avant de nouvelles technologies sans pesticides qui donnent les mêmes résultats, disent-ils, que les semences génétiquement modifiées.

Mais c’est compter sans l’énorme lobby politique et financier que constitue l’industrie des OGM.

Aux États-Unis, Aube Giroux a suivi le débat sur l’étiquetage, qui a eu lieu notamment en Californie et au Vermont, pour être finalement invalidé à Washington.

Au Canada, Gilles Perron, député bloquiste à Ottawa, avait proposé en 2008 un projet de loi sur l’étiquetage des OGM, qui a été défait.

Le film présente également quelques scientifiques, dont le généticien David Suzuki et la primatologue Jane Goodall, qui réfutent l’argument selon lequel les OGM ont été prouvés inoffensifs.

En cours de documentaire, la mère d’Aube Giroux succombe à un cancer du cerveau.

Il est émouvant de voir, à la fin du film, sa fille semer les semences de petits pois qu’elle utilisait pour faire de la soupe. Les semences donneront d’autres petits pois qui pourraient faire des soupes pour les générations et les générations à venir, à la mémoire de Jalie Giroux.

Modifié

★★★

Documentaire d’Aube Giroux. Canada, 2017, 87 minutes. Cinémathèque québécoise.