«Club de lecture»: au pied de la lettre

«Club de lecture» pourra combler les nostalgiques d’un cinéma américain d’un autre âge.
Photo: Paramount Pictures «Club de lecture» pourra combler les nostalgiques d’un cinéma américain d’un autre âge.

Dans The Jane Austen Book Club, un film charmant signé Robin Swicord, les oeuvres de la célèbre romancière anglaise opéraient chez quatre femmes de tous les âges de profondes transformations, un cheminement rendant perplexes, ou désarmés, leurs compagnons. On retrouve la même prémisse dans Book Club, de Bill Holderman, sauf pour un détail en rien anodin : plutôt que Pride and Prejudice, nous voilà devant Fifty Shades of Grey. Comme si E. L. James avait vraiment besoin de publicité pour vendre d’autres exemplaires de cette trilogie sur l’amour au temps du fouet et des menottes.

On se demande parfois ce que les quatre femmes d’âge mûr de cette comédie ont lu au fil des décennies pour en arriver là, mais l’effet est immédiat sur ces amies qui, autour d’un verre de vin, voire plusieurs, discutent moins de littérature que des relations amoureuses, et du temps qui passe. Les aventures d’Anastasia (à ne pas confondre avec la fille du tsar Nicolas II…) les obligent à reconsidérer leurs relations conjugales, ou leur célibat involontaire. Diane (Diane Keaton), une mère au foyer veuve depuis un an, et Sharon (Candice Bergen), une juge divorcée et esseulée, semblent avoir tiré un trait sur les hommes, ce qui n’est pas le cas de Vivian (Jane Fonda), une riche femme d’affaires qui ne dort jamais avec ses amants. Quant à Carol (Mary Steenburgen), elle est la seule à dormir depuis longtemps avec son mari, commençant à sentir l’usure de leur couple.

Heureusement pour nous, elles ne disserteront pas longtemps sur les mérites littéraires de ces bouquins, trop absorbées à les lire d’une seule main, et à bousculer leur routine. Chacune de ces femmes plus ou moins libérées devra ainsi redécouvrir la séduction au temps du numérique, renouer avec une ancienne flamme, trouver la façon de pimenter une vie conjugale réglée au quart de tour, ou simplement résister aux pressions de deux enfants cherchant à infantiliser leur mère.

Toutes ces péripéties vaudevillesques se déroulent dans une suite d’intérieurs chics qui rendraient jalouse la regrettée cinéaste Nancy Meyers (It’s Complicated, The Holiday), et dont Bill Holderman reproduit sans vergogne la légèreté insouciante des classes aisées sous le chaud soleil de la Californie. Cela signifie aussi une certaine paresse à ficeler les destinées de ces femmes, hautement prévisibles et fort rassurantes pour le public auquel le film s’adresse — les X et Y trouveront beaucoup mieux à faire.

Il pourra toutefois combler les nostalgiques d’un cinéma américain d’un autre âge, et qu’incarnent magnifiquement ces quatre grandes actrices, ici dans des rôles taillés selon leur personnalité cinématographique. Entre les extravagances vestimentaires de Diane Keaton, le regard ironique de Candice Bergen, la légèreté de Mary Steenburgen et l’autorité naturelle de Jane Fonda, ce déploiement s’avère impressionnant, mais ne fait jamais de Book Club autre chose qu’une vitrine soignée de talents qui pourraient défendre bien plus que leur gloire passée.

On dit des grands interprètes qu’ils peuvent lire le bottin téléphonique sans jamais nous ennuyer. Ce n’est pas si sûr, surtout quand ils ont entre les mains Fifty Shades of Grey.

Club de lecture (V.F. de Book Club)

★★ 1/2

Comédie de Bill Holderman. Avec Diane Keaton, Candice Bergen, Jane Fonda, Mary Steenburgen. États-Unis, 2018, 103 minutes.