Stéphane Brizé en pleine maîtrise avec «En guerre»

Le réalisateur Stéphane Brizé en compagnie de l’acteur Vincent Lindon avant la projection du film «En guerre», à Cannes, mardi
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Le réalisateur Stéphane Brizé en compagnie de l’acteur Vincent Lindon avant la projection du film «En guerre», à Cannes, mardi

Il est vraiment impressionnant, ce En guerre du Français Stéphane Brizé. Le film est en compétition ici, deux ans après La loi du marché en 2015, qui valut le prix d’interprétation à Vincent Lindon.

Revoici et l’acteur et le cinéaste dans une véritable charge à fond de train contre la mondialisation.

Lindon incarne avec son charisme fou un chef syndical dans une entreprise allemande qui ferme une de ses usines françaises pour des raisons de concurrence et de course au profit. Ses partenaires de jeu, des non-professionnels, se révèlent d’un naturel saisissant. Toutes les parties ont la parole dans ce scénario : dirigeants comme grévistes qui se divisent entre eux, les uns désirant accepter les primes offertes sur deux ou trois ans, les autres combattant pour la survie de l’usine et leur emploi futur.

On l’a connu souvent mutique, Lindon. Cette fois, il convainc aussi par la parole passionnée face aux forces du marché et au gouvernement, engeances plus puissantes que ces ouvriers chauffés à blanc par la frustration, le sentiment d’injustice et le désir de gagner, entraînant les pires dérapages.

Le film bouleverse par ses corps à corps des grévistes avec les dirigeants et les forces de l’ordre. Certains plans-séquences constituent de véritables chorégraphies d’empoignades, caméra à l’épaule, sur une musique de Bertrand Blessing (habituellement compositeur pour des compagnies de danse) qui résonne parfois comme des battements de coeur accélérés. Jamais sans doute Stéphane Brizé n’aura autant maîtrisé sa matière, du scénario à la direction d’acteurs, en passant par cette mise en scène organique et palpitante,

Alors que la France a vécu et vit encore tant de grèves épiques et tant de fermetures d’entreprises sur son territoire, ce film à hauteur d’humains poussés à bout résonne comme un cri dont l’écho nous atteint comme un coup de poing.

Vers les étoiles

Mais évidemment, la Croisette n’en avait que pour le dernier rejeton de la saga Star Wars de Ron Howard, projeté à Cannes hors compétition, après son avant-première à Los Angeles. Tout un tralala du tapis rouge pour Emilia Clarke, Woody Harrelson, Alden Ehrenreich, Thandie Newton et compagnie, qui n’avaient pas eu l’idée de se déguiser un peu pour servir la couleur intergalactique.

Solo : A Star Wars Story fait maintes références aux premiers épisodes de la série. Le nouveau Han Solo, Alden Ehrenreich, apparaît plus mignon que vraiment convaincant dans une incarnation de jeunesse, pour son premier face à face avec Lando Calrissian, qu’il affronte aux cartes, avant de s’envoler à la conquête de tous les dangers. N’étant pas une fan, je me suis contentée de baigner dans ce déluge d’effets spéciaux, me demandant si Cannes était vraiment le vaisseau idéal pour ce type d’envolées.

Courageux Spike Lee

Spike Lee a livré un brûlant plaidoyer anti-Trump à la conférence de presse de son film Blackkklansman abordant l’histoire d’un policier noir du Colorado qui a infiltré une cellule du Ku Klux Klan à la fin des années 1970. Le film s’offre une scène finale tirée des actualités du mois d’août quand l’actuel président refusait de condamner les débordements des suprémacistes blancs lors des manifestations de Charlottesville.

« Nous avons un type à la Maison-Blanche — je ne dirai pas son foutu nom — qui a commenté cet événement non seulement pour les Américains, mais pour le monde entier. Et ce fils de pute n’a pas dénoncé le fils de putes de Klan, ces suprémacistes de droite, ces fils de pute de nazis. C’était un moment crucial et il aurait pu dire, pas seulement aux États-Unis, mais au monde entier, qu’on valait plus cher que ça. »

Denis Villeneuve

Je suis allée faire un tour à la classe de maître de Denis Villeneuve sur le court métrage. Ça se passait au Short Film Corner du Marché du Film avec Danny Lennon pour interlocuteur. Rappelons que le cinéaste de Sicario a remporté le premier prix à Cannes en 2008 à la Semaine de la critique pour son puissant court métrage Next Floor.

Il a déclaré que son Next Floor, avec son côté grotesque, dérangeant et festif, pouvait être lié à Blade Runner et à l’univers de la science-fiction. Du court métrage, il goûte la charge : « Tout repose sur la bonne idée de départ à trouver. » Le cinéaste qui travaille sur Dune aimerait bien s’y frotter à nouveau, mais il n’a pas trop le temps, faut dire.

Notre journaliste séjourne à Cannes à l’invitation du Festival.