«Deadpool 2»: l’éloge du retour

<p>Ryan Reynolds en Deadpool ne recule devant rien pour faire rire (et y parvient systématiquement). </p>
Photo: 20th Century Fox

Ryan Reynolds en Deadpool ne recule devant rien pour faire rire (et y parvient systématiquement). 

Deadpool est de retour. Bonne nouvelle, le plus irrévérencieux des superhéros n’a rien perdu de sa verve ni de son mordant. Passé un prologue surprenant qui jette les bases pour des enjeux plus sérieux, la désormais fameuse chanson-thème Ashes de Céline Dion retentit. Défile alors un générique de début qui pastiche sans pitié ceux de James Bond, avec un Ryan Reynolds/Deadpool ne reculant devant rien pour faire rire (et y parvenant systématiquement). On reconnaît la manière. Quoique cette suite ne se borne pas à recycler et à gonfler ce qui a fonctionné dans le premier film. 

David Leitch, réalisateur du formidable Blonde atomique (Atomic Blond), s’acquitte de son mandat avec efficacité, à défaut d’avoir le loisir d’insuffler sa personnalité dans la production. 

Coauteurs de l’aventure originale et, auparavant, du très bon Zombieland, Rhett Reese et Paul Wernick rempilent au scénario avec l’assistance de Reynolds, qui tient le rôle d’une vie. 

Pourvu d’un meilleur budget grâce au succès du précédent opus, Deadpool 2 a davantage d’ampleur, visuellement. Les enjeux plus intimes qu’intègre le récit ne s’en ressentent toutefois pas. Le film, et c’est là une belle surprise, se permet en effet quelques moments d’introspection qui dénotent une maturité inattendue. 

Aller voir Deadpool 2 ou pas? La réponse de François Lévesque.​


Critique sous-jacente 
Grosso modo, Deadpool tente cette fois de venir en aide à un adolescent doté de superpouvoirs, Russell, qui risque de mal tourner pour avoir été torturé dans un manoir à la X-Mansion des X-Men. Il s’agit en réalité d’une « école de réforme » déguisée pour mutants. 

C’est ici que le film se donne un sous-texte plus grave et, surtout, critique. Ainsi, quand Deadpool et ses partenaires prennent d’assaut ladite propriété lors de la confrontation finale (et on n’évente ici aucun secret de l’intrigue), il qualifie deux fois plutôt qu’une, à la blague, les responsables de pédophiles. Loin d’être anodine, l’utilisation de cette épithète est, dans le contexte, particulièrement cinglante. 

 

Il faut en effet savoir que Bryan Singer, le réalisateur des premiers X-Men devenu producteur des autres films de la série, a plus d’une fois fait l’objet d’allégations à caractère pédophile depuis 20 ans. Une poursuite est en cours, et Singer reste innocent jusqu’à preuve du contraire, mais une telle ligne narrative ne saurait être imputée au hasard. 
 

De la part d’un blockbuster, machine consensuelle de nature, ce choix éditorial est, mine de rien, culotté. D’autant que les mutants X-Men font partie intégrante du monde de Deadpool, tous deux propriétés du studio 20th Century Fox. 

Clins d'oeil désopilants

Cela étant, le film ne change pas l’ADN de son superhéros à la répartie assassine qui, à titre d’exemple, fait de nouveau fi de la rectitude politique, en apparence, pour mieux célébrer la diversité, dans les faits. Ce coup-ci, le personnage s’amuse même à jeter un brin d’ambiguïté sexuelle — une approche en phase avec la pansexualité des comics qu’esquivait somme toute le premier film. 
 

Les références satiriques aux univers DC et Marvel, hormis les X-Men, abondent, à l’instar des clins d’œil cinématographiques aussi improbables que désopilants. Plusieurs vedettes viennent en outre faire des apparitions cocasses. 
 

Et, oui, Deadpool brise encore allègrement le quatrième mur en se moquant, ici, d’un cliché propre aux films de superhéros, là, d’un retournement de situation paresseux. Ce qui a bien sûr pour effet de désamorcer les reproches. Et de rendre le tout irrésistible. On ne l’écrit pas souvent, mais vivement la suite. 

Deadpool 2 (V.O. et V.F.)

★★★★

Aventures de David Leitch. Avec Ryan Reynolds, Julian Dennison, Morena Baccarin, Josh Brolin, Zazie Beetz, Leslie Uggams, Karan Soni, Brianna Hildebrand. États-Unis, 2018, 119 minutes.