Décès de Margot Kidder: la star récalcitrante

Le personnage de Lois Lane, journaliste intrépide et flamme de Superman, revêtira sans doute à jamais les traits de Margot Kidder.
Photo: TMS & DC Comics Inc / Associated Press Le personnage de Lois Lane, journaliste intrépide et flamme de Superman, revêtira sans doute à jamais les traits de Margot Kidder.
Au cinéma, il est certains rôles qui deviennent indissociables d’un interprète précis. D’autres comédiens ont beau s’y coller ensuite, dans une nouvelle version, le souvenir prévaut. C’est ainsi que le personnage de Lois Lane, journaliste intrépide et flamme de Superman, revêtira sans doute à jamais les traits de Margot Kidder, décédée dans son sommeil le 14 mai à l’âge de 69 ans. Atteinte de bipolarité, et jamais très à l’aise avec les aléas de la célébrité, cette actrice d’origine canadienne était devenue une militante passionnée en santé mentale et en environnement, allant jusqu’à se faire arrêter devant la Maison-Blanche en 2011 pour protester contre le pipeline Keystone de TransCanada.

Fille d’un ingénieur américain expatrié expert en explosifs et d’une mère professeure d’histoire, Margaret Ruth Kidder vint au monde en 1948 à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. À cause du travail de son père, elle passa son enfance à déménager, avec ses quatre frères et sœurs, souvent dans des secteurs assez reculés.

​Si rien ne la destinait à être actrice, sa seconde carrière en militantisme aurait en revanche très bien pu être sa première: son enfance durant, on ne parlait en effet à table que de politique. Mais voilà, au détour d’un voyage...
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Margot Kidder

«Il n’y avait pas de cinémas dans nos petites villes minières. J’avais 12 ans et ma mère m’avait emmenée à New York et j’ai vu Bye Bye Birdie, avec ces gens qui chantaient et dansaient, et ça y était. J’ai su que je devrais partir très loin. J’étais naïve, mais je m’en suis plutôt bien tirée», relata-t-elle au Guardian en 2005.

​Débuts prometteurs
​Le Canadien Norman Jewison, très en vue à Hollywood grâce au triomphe du film Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night), lui donna sa chance en 1969 dans la comédie Gaily, Gaily, avec Beau Bridges et Melina Mercouri. Direction : Los Angeles. À la comédie Quackser Fortune Has a Cousin in the Bronxi, tournée en Irlande avec Gene Wilder, succéda un interlude new-yorkais où elle peaufina son jeu. De retour à L.A., elle partagea un appartement avec Jennifer Salt qui devint le repaire des jeunes loups du Nouvel Hollywood, les Coppola, Lucas, Scorsese et De Palma, avec qui elle eut une liaison, y passant tout leur temps. C’est d’ailleurs avec elle et Salt en tête que Brian De Palma écrivit Sœurs de sang (Sisters, 1973), où Kidder incarne des jumelles siamoises séparées dont l’une est en proie à des pulsions homicides. Dans le New Yorker, l’influente Pauline Kael approuva.

Au Canada, elle tourna le film culte Noël tragique (Black Christmas, 1974), de Bob Clark, où les étudiantes d’une pension sont terrorisées par un inconnu. Sa composition de jeune femme à la répartie assassine lui valut un prix Génie (ou Écran canadien). Elle en reçut un second pour A Quiet Day in Belfast, qui la ramena en Irlande.

​Pinacle professionnel
​Impressionnés, George Roy Hill et Robert Redford la choisirent, en 1975, pour le drame La kermesse des aigles (The Great Waldo Pepper), sur la crise existentielle d’un pilote de guerre. Elle redonna dans l’horreur cette même année avec La réincarnation de Peter Proud (The Reincarnation of Peter Proud), de J. Lee Thompson.

Devenue mère, elle prit une pause et revint en force en 1979, décrochant les deux rôles les plus convoités du moment : ceux de Lois Lane, qu’elle reprit trois fois, et de Kathy Lutz, mère et épouse épouvantée dans le très médiatisé Amityville, la maison du Diable (The Amityville Horror), d’après l’affaire notoire.

Passé ce pinacle, elle brilla dans le méconnu Cœurs à l’envers (Heartaches, 1981), qui lui valut un troisième prix Génie pour sa performance en femme enceinte du meilleur ami de son conjoint. À cette époque, elle fréquenta le premier ministre Pierre Elliott Trudeau. En 1984, elle coproduisit la série Louisiane, réalisée par son mari d’alors, Philippe de Broca (avec Michel Brault à la photo).

Sérénité tardive
Victime d’un grave accident au début des années 1990, elle ne put travailler pendant deux ans et déclara faillite. Elle revint malgré elle au-devant de la scène en 1996. Portée disparue pendant plusieurs jours, elle fut retrouvée au fond d’une cour, hagarde et blessée à la suite d’un épisode maniaque. Rétablie, Margot Kidder endossa la cause de la santé mentale et multiplia les apparitions à la télé, notamment dans la série Smallville, sur l’enfance de Superman. Elle joua aussi au théâtre, entre autres dans Les monologues du vagin, pièce qui lui permit de fouler les planches de son cher Broadway, en 2005.

Recherchant la quiétude, elle la trouva dans le Montana, auprès de sa fille. Encore au Guardian, elle confia : «Mon petit-fils me voit chaque Noël en Lois Lane à la télé, et ça me fait marquer des points.»