La colère comme moteur de création

À partir de la gauche, l'actrice Kirin Kiki et le réalisateur Hirokazu Kore-Eda aux côtés des comédiennes Jyo Kairi, Lily Franky, Miyu Sasaki, Sakura Ando et Mayu Matsuako, lundi, à Cannes
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse À partir de la gauche, l'actrice Kirin Kiki et le réalisateur Hirokazu Kore-Eda aux côtés des comédiennes Jyo Kairi, Lily Franky, Miyu Sasaki, Sakura Ando et Mayu Matsuako, lundi, à Cannes
À Cannes, on observe les pools d’étoiles critiques du Film français, pour les médias de l’Hexagone, et de Screen, chez leurs confrères internationaux. 

Aucun film n’a reçu autant de tomates jusqu’ici que Les filles du soleil, d’Eva Husson, projeté après la grande montée des marches féminine samedi dernier. Une œuvre de guerre, hélas ! bien faible face aux enjeux d’égalité qui se greffaient dessus.

Quand même… le dossier évolue. Thierry Frémaux pour la Sélection officielle, Édouard Waintrop à la Quinzaine des réalisateurs et Charles Tesson à La Semaine de la critique ont été les premiers signataires lundi d’une charte festivalière visant à accroître la parité dans leurs sections respectives. Ce moment historique, on le salue bien bas.

Sinon, Carla Bruni a beau frôler de ses pieds dansants le tapis rouge, la pluie succède invariablement au soleil sous des cieux dramatiques qu’il est bon d’admirer. Une chance que le niveau des films en général apparaît d’assez bonne tenue. On n’y parle pas des riches et célèbres qui défilent ici, à propos.

Le thème des familles reconstituées chez de pauvres gens vivant de rapines et se serrant les coudes a plutôt la place d’honneur. Après le magnifique Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher, c’était au tour du Japonais Hirokazu Kore-Eda de s’y frotter avec grâce dans Une affaire de famille.

Ce cinéaste, par ailleurs inégal, nous avait donné en 2004 l’inoubliable Nobody Knows (son chef-d’œuvre inégalé) sur des enfants vivant en autarcie. Le thème de la famille à recréer s’avère un leitmotiv qui parcourt toute son œuvre. Comme dans Nobody Knows, Kore-Eda s’est attardé à un fait divers de façon réalistico-poétique. Cette fois, l’histoire est celle d’un clan reconstitué, où l’on apprend aux enfants à voler comme dans un roman de Dickens, et où tous les membres sont liés par un crime ou un délit. Ce qui ne les empêche pas de recueillir une enfant battue et de s’épauler dans le capharnaüm d’un appartement surpeuplé.

Kore-Eda déclare que la colère fut son élément moteur, parce que la société japonaise punit gravement les crimes des gens au bas de l’échelle en laissant filer les puissants. Son regard sur une famille dysfonctionnelle où les liens du cœur (et de l’intérêt) se substituent aux liens du sang s’est donc doublé d’une révolte sociale face aux bien-pensants de ce monde qui leur jettent la pierre.

En tout cas, ce beau film, évitant les pièges de la mièvrerie plus que dans ses dernières œuvres, déploie une tendresse envers ses personnages, truffés de défauts, mais porteurs d’humanité. Le rapport aux enfants est délicatement traité, alors qu’ils sont tour à tour exploités et aidés, en des scènes d’intimité touchante sous la lumière, avec leçons pédagogiques à la clé dont la société qui les sépare gagnerait à s’inspirer.
 
Les festivaliers s’incrustaient en sol nippon lundi, puisqu’un autre film de la compétition, Netemo Sametemo, d’Hamaguchi Ryusuke, nous faisait pénétrer le Japon contemporain.

Un film plutôt languissant, il faut l’admettre. Cette histoire d’une jeune femme qui aime tour à tour deux sosies masculins, aux antipodes psychologiquement : l’un frondeur et imprévisible, l’autre fidèle et bon garçon. Mais avec de longues incursions en deux villes, où des amitiés se forgent et se brisent, on a peine à s’intéresser au sort des héros sans consistance qui s’agitent devant nous. N’eût été une belle caméra qui s’attarde à saisir le Japon moderne, ce film endormait l’audience cannoise qui a filé presto au générique sans demander son reste.

Des nouvelles de Denis Côté

Ou plutôt de son drame fantastique Répertoire des villes disparues, adapté du roman de Laurence Olivier, dont le tournage s’est terminé en mars dernier. Il se situe dans un village aux prises avec un mal étrange après la mort d’un jeune homme dans un accident routier. Présenté à Cannes au Marché du film, il a vu ses droits internationaux acquis par Films Boutique et va donc pouvoir trouver audience hors de son premier territoire.

 
Notre journaliste séjourne à Cannes à l’invitation du Festival.

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