«Après la guerre»: les lendemains qui déchantent

La partie consacrée à Marco et, surtout, surtout, à Viola est supérieure.
Photo: K-Films Amérique La partie consacrée à Marco et, surtout, surtout, à Viola est supérieure.

En 1985, le président français François Mitterrand s’engagea à ne pas extrader les militants et terroristes d’extrême gauche réfugiés en France pour peu que ceux-ci aient renoncé à la violence. La doctrine Mitterrand tint jusqu’en 2002, année où un ancien membre des Brigades rouges fut renvoyé en Italie pour faire face à la justice. C’est cette année précise qu’a choisie la Franco-Italienne Annarita Zambrano pour camper l’intrigue de son premier long métrage, le bien-nommé Après la guerre.

La cinéaste y imagine la cavale d’un ex-militant italien planqué à Bologne, Marco. Toutefois, l’intrigue s’attarde plus spécifiquement aux répercussions que les événements ont sur les proches de ce dernier : sur Viola, sa fille de 16 ans forcée de laisser sa vie en plan pour le suivre dans sa fuite, mais aussi sur sa mère et sa soeur, ces dernières restées dans une Italie où les plaies du passé viennent d’être ravivées par un assassinat politique.

C’est d’ailleurs pour un tel acte, en l’occurrence le meurtre d’un juge au début des années 1980, que Marco est certain d’être incarcéré à perpétuité s’il remet les pieds dans son pays natal.

Histoire intime

En entrevue, Annarita Zambrano a confié avoir grandi dans l’Italie des Années de plomb, où les attentats et la violence étaient une réalité quotidienne. D’où, sans doute, le refus de la cinéaste de conférer quelque aura romantique que ce soit au personnage de Marco. Elle en fait plutôt un être de contradictions : inspirant lorsqu’il dénonce la corruption et parle de justice sociale, mais répugnant dans sa manière de manipuler sa fille, qu’il tient par le chantage émotif et la violence psychologique. La scène où une journaliste vient l’interviewer dans sa cachette est particulièrement bien menée, révélant le narcissisme derrière l’idéalisme.

À ce chapitre, le film ne fait pas le procès de l’extrême gauche, loin de là. Il s’agit au fond d’une histoire intime : celle des membres d’une famille de retour malgré eux dans l’oeil public. Ainsi, outre Marco et Viola en France, la cinéaste s’intéresse à Anna et à Teresa, respectivement la soeur et la mère de l’exilé, de même qu’à Riccardo, le conjoint juriste d’Anna.

Le sort de chacun d’eux redevient intimement lié à celui de Marco après 20 ans de dormance et de non-dits.

Tension sourde

Si les enjeux qu’on y aborde sont en eux-mêmes fort riches, ce volet italien en contexte bourgeois, en contraste avec la précarité du maquis, s’avère un peu plus faible sur le plan de l’écriture, moins abouti. Ou peut-être le problème est-il structurel ? Quoi qu’il en soit, la partie consacrée à Marco et, surtout, surtout, à Viola est supérieure.

Leur relation où gronde une tension sourde est si finement observée et jouée que l’autre souffre de la comparaison.

Par opposition, la mise en scène est maîtrisée de bout en bout, de l’ouverture coup-de-poing jusqu’à la finale porteuse d’espoir et d’apaisement. À voir, indéniablement.

Après la guerre (V.O.)

★★★ 1/2

Drame d’Annarita Zambrano. Avec Giuseppe Battiston, Charlotte Cétaire, Barbora Bobulova, Elisabetta Piccolomini, Jean-Marc Barr. France–Italie, 2017, 90 minutes.