Villeneuve ravi de se joindre au jury du Festival de Cannes

Après Xavier Dolan en 2014, c’est au tour de Denis Villeneuve de participer au jury du Festival de Cannes.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Après Xavier Dolan en 2014, c’est au tour de Denis Villeneuve de participer au jury du Festival de Cannes.

Après Xavier Dolan en 2014, c’est au tour du cinéaste québécois Denis Villeneuve de se joindre au jury de la compétition officielle du Festival de Cannes, qui se déroulera du 8 au 19 mai.

Son film Sicario avait concouru pour la Palme d’or en 2015, repartant bredouille. On entendit par la suite le délégué général du festival Thierry Frémaux avouer ses regrets devant son absence du palmarès. Depuis, le cinéaste d’Incendies a creusé son chemin aux États-Unis avec son sceau de qualité posé sur Arrival et Blade Runner 2049.

Il travaille à scénariser avec Eric Roth l’adaptation du roman mythique Dune de Frank Herbert, et laissera tout ça de côté le temps du grand bond sur la Côte d’Azur.

« C’est un gros cadeau que m’a fait Thierry Frémaux », déclare au bout du fil le cinéaste québécois, approché pour figurer dans ce jury dès la fin janvier. « Ravi, j’ai spontanément dit “oui”. C’est incroyable, la synchronicité. Depuis sept ou huit ans, je ne m’appartenais plus, sans cesse en production, sans temps libre. Or, ce printemps, en écriture à la maison, j’éprouve le besoin d’une pause, de me ressourcer à travers des oeuvres. Une bouffée d’air m’arrive au visage et je le vis aussi comme un grand privilège. Cannes va combler mes soifs de cinéphile, mais c’est drôle, pour l’instant, je ne vois pas cette fonction de juré comme une responsabilité, n’en éprouvant que du bonheur. »

Il se souvient de la joie de Xavier Dolan lors de son expérience dans le jury cannois et a bien hâte de s’y frotter à mon tour. « Il y a plusieurs années, comme juré à Montréal au Festival du nouveau cinéma, j’avais été comblé de me frotter à l’univers des autres. »

Mince est la participation des cinéastes québécois cette année sur la Croisette. « Pour tout dire, j’étais certain de retrouver ma gang à Cannes, dit-il. Xavier Dolan, Denys Arcand, Sébastien Pilote... Ça m’a déçu de ne pas découvrir entre autres le film de Xavier, mais bon ! Il fera son chemin à l’automne. »

Denis Villeneuve considère Cannes comme une vraie planète cinéphile. Il se sent conscient de la dérive des continents Europe-Amérique. « Le marketing de Blade Runner 2049 ne s’est pas fait de la même façon aux États-Unis, où le film a marché seulement dans les villes comme New York, Boston ou Los Angeles et moins dans l’Amérique profonde, malgré les bonnes critiques reçues, qu’en Europe, où il a connu du succès. Cannes est de son côté un rempart cinéphile. »

Après le saut sur la Croisette, le cinéaste d’Incendies reprendra l’écriture du scénario de Dune avant de tomber en préproduction à la fin de l’été. « On va tourner Dune au début 2019, avec sortie prévue en 2020. »

Un jury éclectique

Sous la présidence de l’actrice australienne Cate Blanchett, le jury de la compétition cannoise se compose de cinq femmes et de quatre hommes de sept nationalités différentes. Une majorité féminine dans la foulée manifeste du scandale Weinstein et des revendications de #MoiAussi. Par voie de communiqué, le Festival justifiait ainsi cet éclectisme des membres du jury : « Face à une compétition au profil renouvelé, qui présente des cinéastes qui y viennent pour la première fois. » Denis Villeneuve se réjouit de ce que Cannes souligne notamment l’élan des revendications des femmes.

L’actrice américaine Kristen Stewart fera partie de ce jury, tout comme le cinéaste français Robert Guédiguian (Marius et Jeannette, La villa) et sa compatriote, l’actrice Léa Seydoux. La réalisatrice américaine Ava DuVernay (Selma), le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev (Leviathan, Faute d’amour), l’acteur chinois Chang Chen, la chanteuse-compositrice burundaise Khadja Nin complètent l’aréopage, qui aura matière à discussions animées jusqu’au verdict du palmarès le 19 mai prochain.

Serebrennikov reste assigné à résidence

Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov ne pourra pas se rendre au Festival de Cannes à cause de la prolongation, prononcée mercredi par un tribunal russe, de son assignation à résidence jusqu’au 19 juillet 2018. Directeur artistique du Centre Gogol, un théâtre contemporain moscovite réputé, Kirill Serebrennikov a été invité à Cannes pour son film Leto (L’été), retenu dans la course à la Palme d’or qui sera décernée le 19 mai. En Russie, M. Serebrennikov est visé par une affaire de détournement de fonds publics qu’il dénonce comme « absurde ». Kirill Serebrennikov est assigné à résidence depuis août dernier dans l’attente de son procès. Sans s’opposer ouvertement au président Vladimir Poutine, il a plusieurs fois critiqué les pressions croissantes exercées sur la création artistique motivées par la défense de valeurs conservatrices.

Agence France-Presse