«Le sujet» de Patrick Bouchard à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes

Le cinéaste Patrick Bouchard propose une fable symboliste dans laquelle un artiste-clinicien fait l’autopsie d’un clone dont il extrait divers éléments liés à sa vie.
Photo: Office national du film du Canada Le cinéaste Patrick Bouchard propose une fable symboliste dans laquelle un artiste-clinicien fait l’autopsie d’un clone dont il extrait divers éléments liés à sa vie.

Le sujet de Patrick Bouchard, court métrage de l’Office national du film (dix minutes), assurera une présence québécoise à la Quinzaine des réalisateurs (du 9 au 19 mai), section parallèle du Festival de Cannes. Le brillant cinéaste d’animation de Dehors novembre et de Bydlo, pour la première fois au grand festival de la Côte d’Azur, propose avec ce cinquième court métrage une fable symboliste dans laquelle un artiste-clinicien fait l’autopsie d’un clone dont il extrait divers éléments liés à sa vie, jusqu’à extirper le poids qui lui pèse : une enclume, rien de moins. « Mais qui n’a pas la sienne ? » demande-t-il au bout du fil.

Le titre de travail avait longtemps été Auto-Psy !. Patrick Bouchard, originaire de Saguenay, travaille image par image à partir de matériaux divers qu’il manie et façonne, créant un univers d’un noir surréalisme. Son humour grince comme les mécanismes rouillés de ses films. Ses oeuvres sombres et angoissées sont autant de métaphores que chacun s’approprie. « Le sujet est un film qu’il faut sentir viscéralement avant tout », précise-t-il.

Il n’y aura hélas pas de longs métrages québécois sur la Croisette cette année, la Sélection officielle et la Semaine de la critique ayant déjà annoncé leurs choix de films. On avait espéré La disparition des lucioles de Sébastien Pilote à la Quinzaine. Ce dernier avait déjà accompagné en 2013 son Démantèlement à la Semaine de la critique, qui projette des premiers ou seconds longs métrages.

Patrick Bouchard affirme en souriant qu’il va essayer de bien nous représenter là-bas, en digne et seul ambassadeur du Québec… « C’est sûr que Cannes va être un tremplin pour le film, estime-t-il. Ça va l’aider dans sa carrière. » Le sujet avait été projeté en ouverture des Rendez-vous Québec cinéma.

Il rappelle son court métrage Les ramoneurs cérébraux, dans lequel d’inquiétants experts extrayaient les souvenirs du cerveau d’un homme, lui valant son premier prix Jutra. Patrick Bouchard en recevra deux autres pour Dehors novembre, sur la chanson des Colocs, et pour Bydlo. « Dans Les ramoneurs, je m’attaquais au côté cérébral. Cette fois, je laisse la tête de côté pour m’en prendre au corps. Le sujet est très proche de moi, mais rejoint aussi les autres », dit-il. Il n’en connaissait que le début et la fin avant de plonger, et s’est laissé guider par les objets en interaction quant au reste.

Le cinéaste a fait mouler son propre corps en plastiline, matériau de modelage qui ne vieillit pas, à l’encontre de sa propre chair. Le sujet a pris grosso modo trois ans à naître, mais les cinéastes d’animation sont de nature patiente, introvertis souvent, ultra-méticuleux.

« J’aime les objets usés. Ils parlent, explique Patrick Bouchard. Je les rends beaux, magnifiques, plus grands que nature. Ils sont une source d’inspiration, surréalistes, mais venus de quelque part, apparentés à l’usure du temps. Les objets neufs ne m’intéressent pas. Je suis de nature nostalgique. Certains d’entre eux appartiennent à ma propre histoire. Le décor du film ressemble à l’atelier dans mon sous-sol. Mon corps aussi est un objet dans le film. »

Le cinéaste a composé également la musique du Sujet, un processus difficile qui l’a fait expérimenter toutes sortes de trames bousculant les émotions du film. « Finalement, je suis allé au plus simple : trois accords de guitare », conclut-il.

Guerra, Granik et Noé au menu

Née de l’effervescence de Mai 68, la Quinzaine des réalisateurs célébrera ses 50 ans d’existence cette année. La section indépendante s’est toujours voulue libre, défricheuse et passionnée. Cette année, la présence française et latino-hispanique apparaît très forte, ainsi que la participation de cinéastes femmes. Les longs métrages de fictions voisineront des animations et des documentaires, des vétérans comme des nouveaux venus s’y croiseront en une programmation à vue de nez très excitante.

Les oiseaux de passage de Ciro Guerra (cinéaste colombien de l’admirable Étreinte du serpent, lancé trois ans plus tôt à la Quinzaine), coréalisé par Cristina Gallego, en assurera l’ouverture.

L’Américaine Debra Granik, qui avait réalisé Winter’s Bones (quatre nominations aux Oscar en 2011), surgit avec Leave no Trace, déjà lancé à Sundance, sur le choc culturel de marginaux père et fille face au monde. Panos Cosmos a mis en scène Nicolas Cage dans Mandy, en figure vengeresse traquant une secte religieuse au cours des années 1980.

Prise de taille, Gaspar Noé, cinéaste français choc d’Irréversible et deLove habituellement en Sélection officielle, y accompagnera le très attendu et mystérieux Climax. Son compatriote Romain Gavras, à qui on doit Notre jour viendra, sera du lot avec Le monde est à toi, comédie policière à la solide distribution (Isabelle Adjani, Vincent Cassel). Guillaume Nicloux, présent avec Valley of Love en compétition trois ans plus tôt, remet en selle Gérard Depardieu, cette fois aux côtés de Gaspard Ulliel, dans Les confins du monde. Quant à Pierre Salvadori (Cible émouvante, Les apprentis), il livre la comédie En liberté ! sur fond de vengeance féminine, avec Adèle Haenel, Pio Marmai et Audrey Tautou. Philippe Faucon, cinéaste de Fatima, livrera Amin, drame d’immigration donnant la vedette à Emmanuelle Devos et Moustapha Mbengue.

Rappelons que le grand Martin Scorsese recevra un prix honorifique à cette Quinzaine, qui s’annonce plus que prometteuse pour ses noces d’or.