«Esprit de cantine»: sur la route des casse-croûtes

«Esprit de cantine» va à la rencontre de différents propriétaires de cantines au Québec, dont Mimi, qui mitonne de bons petits plats pour ses clients assidus.
Photo: François Vincelette «Esprit de cantine» va à la rencontre de différents propriétaires de cantines au Québec, dont Mimi, qui mitonne de bons petits plats pour ses clients assidus.

Originaire de Québec, Nicolas Paquet (La règle d’or, Ceux comme la terre) a élu domicile à Saint-Alexandre-de-Kamouraska il y a quelques années. C’est là qu’en 2003, le réalisateur et sa compagne, Karina Soucy, fondent franC doc, maison de production spécialisée dans les documentaires traitant d’enjeux régionaux. Dans Esprit de cantine, présenté l’an dernier aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), transparaît d’ailleurs la volonté de cette boîte engagée d’illustrer la fierté et le coeur au ventre des travailleurs en région.

« La région est un lieu vivifiant. Je voulais montrer la beauté et le dynamisme des ruralités à travers les lieux, sortir des discours voulant que “tout va mal en région”, que “les régions ferment”, sans la parole d’un politicien. Les gens ont la tête haute et sont fiers de la région et il y a certainement ça en arrière-plan du film, où l’on reste avec les gens qui ont du fun pendant une saison », explique le cinéaste rencontré à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, pas très loin de la cantine Chez Mimi, l’un des deux casse-croûtes d’Esprit de cantine.

C’est en tournant La règle d’or, sur le sort des résidents de Malartic, en Abitibi, que Nicolas Paquet a eu l’envie d’explorer l’univers des « cabanes à patates » qui font le bonheur des touristes et des gens du coin durant la belle saison.

« J’ai eu envie de faire un film qui se regarde avec le sourire. Ma démarche a toujours été d’explorer des petits milieux, des petites communautés alors j’ai eu envie d’aller vers les ruralités à travers ce prétexte-là. J’ai vu à quel point la cantine jouait un rôle dans la communauté et, en même temps, il y a quelque chose de très cinématographique dans l’espace lui-même. La cantine fait partie de notre identité, de notre histoire partout au Québec. »

En 2012, Nicolas Paquet sillonne l’est du Québec, où il visite une quarantaine de cantines : « Ce qui m’a surpris, c’est que beaucoup de femmes sont propriétaires ou gérantes de cantines ; je dirais que neuf cantines sur dix que j’ai visitées sont tenues par des femmes. L’une de mes questions de départ, c’était de savoir si les cantines étaient menacées, si elles existeraient dans vingt, trente ans. J’ai pu découvrir qu’elles sont là pour de bon puisque leur rôle social les maintient. »

Du Bas-Saint-Laurent à la Haute-Côte-Nord

Afin d’illustrer la diversité des casse-croûtes, Nicolas Paquet a choisi la cantine Chez Mimi, à Saint-Alexandre, où Mimi mitonne de bons petits plats pour ses clients assidus, et le casse-croûte Le Connaisseur, propriété de Nathalie et de Stéphane, qui luttent ardemment pour agrandir leur cantine tout en en préservant le charme vintage.

« Je voulais deux lieux différents pour que les spectateurs se baladent, découvrent ces ambiances-là. J’ai choisi Mimi parce que je trouvais qu’elle personnifiait la cantinière. C’est un lieu très familial ; ses quatre filles ont travaillé pour elle. Comme ici, c’est très industriel, agricole, je voulais un autre aspect de la ruralité. Avec le tourisme à Tadoussac, c’est une autre dynamique. Le camion était aussi hyper photogénique. »

Dans Esprit de cantine, Nicolas Paquet dévoile que, dans chaque région, chaque cantine s’avère un lieu de rassemblement, de réseautage et d’entraide essentiel au tissu social. Si l’on devine la fragilité de ces établissements saisonniers, les sacrifices auxquels doivent se plier les propriétaires de casse-croûtes et la solitude des clients qui les fréquentent quotidiennement, la joie de vivre règne malgré tout dans ce chaleureux documentaire.

« Ce que j’aime à travers le cinéma, c’est de présenter la réalité d’aujourd’hui, de dire qu’en région présentement, il y a du dynamisme, des gens allumés. Je ne voulais pas filmer des granges qui s’écroulent. Même si mon film n’est pas politique, ce que j’aime de ses personnages, c’est que ce sont des résistants. À l’encontre des grandes chaînes qui s’implantent un peu partout, ils sont indépendants, ils visent plus ou moins à agrandir leur cantine afin de garder ça dans une espèce d’humanité. Il y a dans les cantines une authenticité qu’on ne retrouve pas dans les McDo. »

Après s’être penché sur la nature des cantines, Nicolas Paquet a l’intention d’entreprendre cet été le tournage d’un documentaire portant sur la gastronomie rurale engagée. « Je reste du côté humain, mais idéalement je veux retourner à quelque chose d’un peu politique. En région, les lieux de restauration gastronomique sont des facteurs de changement dans les communautés. Ils permettent de créer des réseaux, de rester en région, malgré certaines lois qui mettent des freins à ces lieux uniques. »

Le film prendra l’affiche le 20 avril à Montréal (Beaubien), à Québec (Le Clap), à Sherbrooke (La maison du cinéma) et à Rivière-du-Loup (Cinéma Princesse).