«Madame»: devine qui vient semer le trouble

Dans cette comédie, Toni Collette incarne une riche femme au foyer qui forcera la domestique jouée par Rossy de Palma à jouer une femme du monde pour peupler sa table à un dîner mondain.
Photo: TVA Films Dans cette comédie, Toni Collette incarne une riche femme au foyer qui forcera la domestique jouée par Rossy de Palma à jouer une femme du monde pour peupler sa table à un dîner mondain.

C’est une mécanique déjà bien rodée chez Francis Veber (Le dîner de cons) et Danièle Thompson (Le code a changé), eux-mêmes inspirés de tous ces impromptus qui peuplent le théâtre et le cinéma, particulièrement américain, encore récemment dans Beatriz at Dinner, de Miguel Arteta.

La chose ne manque jamais de faire son effet lorsqu’un électron libre, ou une anomalie sur deux pattes, débarque dans une soirée collet monté, accumulant gaffes et catastrophes, au grand désespoir des hôtes. Ce qui distingue Madame d’Amanda Sthers (Je vais te manquer), c’est l’insouciance de l’hôtesse à vouloir inclure une servante parmi les convives, question de passer la tablée de 13 à 14, évitant ainsi toute forme de malédiction. Méfiez-vous des superstitions…

Véritable desperate housewife s’offrant le luxe de vivre à Paris plutôt qu’à New York, Anne (Toni Collette) semble éternellement insatisfaite, de son mari vieillissant et infidèle (Harvey Keitel, en vacances), de son beau-fils qui débarque sans crier gare, de sa résidence opulente jamais trop bien rangée à son goût. Au cours d’un dîner résolument international — on se déplace en TGV pour y assister —, elle force sa gouvernante (Rossy de Palma, hilarante et émouvante) à jouer les femmes du monde, un rôle auquel cette Espagnole modeste n’est pas préparée. À ses côtés, un dandy d’origine irlandaise se laisse séduire par sa candeur et son humour (deux choses pas prévues au menu !), croyant que du sang bleu coule dans les veines de celle que le bon vin rend très bavarde.

Grâce à ces artifices et à ces malentendus, une idylle se noue, plongeant Anne dans un embarras profond : non seulement craint-elle que son subterfuge d’hôtesse parfaite soit révélé, mais l’enthousiasme des improbables tourtereaux la rend verte de jalousie. Même une discussion en ligne avec son psychanalyste américain n’arrive pas à calmer ses angoisses. Car ce Paris chic, aseptisé, semblable à celui imaginé par Woody Allen, apparaît minuscule tant tout le monde s’y croise comme au village, et connaît bien des secrets d’alcôve.

Dans ce film à l’étiquette plus internationale que franco-française — les Parisiens n’y font que de la figuration ou reproduisent les clichés du mari libertin et de l’épouse digne, mais jamais dupe —, ce sont les Américains qui ici mènent le bal, posant sur cette société un regard admiratif, cynique, étonné. Les faveurs de la cinéaste se concentrent davantage sur les pirouettes de cette femme du monde dont le vernis craque de toutes parts, incarnée par Toni Collette avec son aplomb coutumier, réservant tout de même quelques moments burlesques à Rossy de Palma, égérie du cinéma de Pedro Almodóvar.

Il n’y a pas de grand cinéma dans Madame, surtout une caméra au service de dialogues bien troussés, d’intérieurs chics où l’on disserte devant un tableau du Caravage ou au milieu de quartiers d’un calme exemplaire, comme si la congestion routière avait subitement disparu des rues de la capitale. Ce Paris, les gens de la classe sociale décrite par Amanda Sthers vont s’y mirer, mais passeront un peu vite sur le portrait parfois grinçant de leur caste. Rien de bien méchant, juste assez épicé pour passer un bon moment.

Madame

★★★

Comédie dramatique d’Amanda Sthers. Avec Toni Collette, Harvey Keitel, Rossy de Palma, Michael Smiley. France, 2017, 91 minutes. V.F. : Cineplex Odeon Quartier Latin. V.O.A. : Cineplex Odeon Forum.