«La mort de Staline»: révisionnisme satirique

Tout du long, «La mort de Staline» enchante et consterne.
Photo: Entract Films Tout du long, «La mort de Staline» enchante et consterne.

Moscou, mars 1953. Dans la ville, l’angoisse règne alors que tout un chacun redoute de voir débarquer devant sa porte le NKVD, ancêtre du KGB. Le culte de la personnalité de Joseph Staline est à son comble : le dictateur règne sans partage et se plaît à grossir sa liste d’ennemis à exécuter séance tenante. Mais voilà, celui qui s’est autoproclamé le « Vojd », ou guide, ignore que c’est lui qui sera bientôt mort. Un trépas prétexte, dans les coulisses du pouvoir, à maintes turpitudes qu’Armando Iannucci revisite dans l’hilarant La mort de Staline. Les noms ont été gardés, seuls les faits — « alternatifs », après tout — ont été changés.

D’origine écossaise, Armando Iannucci est passé maître dans l’art de la satire politique. Encensée en Grande-Bretagne, sa série The Thick of It (2005-2012), à l’instar de son film Dans le coup (In the Loop, 2009), se moquait des gouvernements Blair et Brown.

Aux États-Unis, il a créé pour HBO la désopilante, et non moins intelligente, série Veep, sur une vice-présidente puis présidente américaine d’une incompétence inimaginable (quoique).

Jamais tendre

Inspiré de la bande dessinée des Français Fabien Nury et Thierry Robin, La mort de Staline (The Death of Stalin) s’inscrit donc dans la continuité de l’oeuvre de Iannucci, qui n’a pas son pareil pour mettre en place (et en scène) les fourberies de la classe politique, caste privilégiée avec laquelle il n’est jamais tendre.

Ses personnages sont en effet petits, mesquins, veules et dotés d’un ego dont la taille est inversement proportionnelle à celle de leurs maigres talents.

La mort de Staline offre à cet égard un terrain de jeu idéal à Iannucci, qui laisse libre cours à son goût marqué pour l’humour noir. Tant les circonstances de la mort du « Petit Père des peuples » que la suite de complots pour sa succession à la tête de l’URSS servent de canevas à sa caricature implacable.

Son regard acéré rivé à sa loupe grossissante, rien ne lui échappe.

Drôle et terrifiant

Toutes les figures politiques clés de l’époque sont réunies, comme Nikita Khrouchtchev (Steve Buscemi), Lavrenti Beria (Simon Russell Beale) ou encore Viatcheslav Molotov (Michael Palin, des Monty Python). Des personnalités issues d’autres sphères, par exemple de la culture, telle la pianiste Maria Youdina (Olga Kurylenko), sont également conviées à cet exercice désopilant dont Armando Iannucci a le secret.

Tout du long, La mort de Staline enchante et consterne avec son théâtre de marionnettes, livrant un spectacle aussi drôle que terrifiant. Car sous la surface désinvolte couve une gravité, pour ne pas dire une horreur, certaine.

Cela, afin de rappeler non seulement que le pouvoir corrompt, mais qu’il est des êtres à qui l’on ne devrait jamais le confier. Un fait qui n’a rien d’alternatif.

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La mort de Staline (V.F. de The Death of Stalin)

★★★★

Comédie satirique d’Armando Iannucci. Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Michael Palin, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough, Rupert Friend, Jeffrey Tambor, Jason Isaacs. Grande-Bretagne, 2017, 107 minutes.