Un Tarantino plus près de Tarantino

Il est rare qu'une suite soit très différente du premier volet d'un film. Mais Kill Bill - Vol. 2, dans son esprit à tout le moins, tranche vraiment avec le numéro 1. Ceux qui ont aimé l'action trépidante et l'aspect surréel des cascades, ceux qui goûtaient la folie visuelle de l'oeuvre antérieure, reposant sur un langage purement cinématographique, seront peut-être déconcertés d'y perdre soudain ces repères. D'autres, et j'en suis, préféreront à l'univers de bédé, le côté quasi littéraire de Kill Bill - Vol. 2. De fait, on y cause beaucoup et on y tue un peu moins. Les dialogues abondent. Les protagonistes s'expliquent avant de se trucider. De plus, les émotions apparaissent soudain au programme. Bref, il y a évolution vers une forme d'humanité après la grande barbarie virtuelle du début.

Quentin Tarantino nous surprend donc avec une oeuvre soudain fluide et relativement douce compte tenu du thème, succédant aux massacres si bien chorégraphiés du premier volet, surtout en terre nippone.

En noir et blanc, tout commence avec un retour en arrière dans la petite chapelle du sanglant mariage, prélude à toute l'action mais qui s'explique enfin. L'héroïne (Uma Thurman) alors laissée pour morte persiste à s'entraîner dans le but de tuer Bill, le chef

du Deadly Viper Assassination Squad, qui fut jadis son maître et amant, qu'elle a fui et qui lui a fait payer cher sa défection. Absent du premier volet, Bill se retrouve ici au centre de l'histoire et permet à l'acteur David Carradine de faire un retour au cinéma qu'on espère fructueux. Après tout, avec Pulp Fiction, Tarantino avait remis John Travolta sur la carte.

Carradine parvient à donner à un personnage sinistre une séduction et une douceur qui le rendent plus troublant encore. Quant à la glaciale icône incarnée par Uma Thurman, elle fléchit quelque peu, se découvrant même une fibre maternelle en fin de parcours.

Perfectionnant sa technique au sabre auprès du grand maître chinois (Gordon Liu), la blonde héroïne sautera du Texas à la Chine en passant par le Mexique. D'un pays à l'autre, Tarantino se montre attentif aux décors et aux costumes, toujours merveilleux de couleur nationale. Marier les westerns spaghettis aux films de kung-fu était le but premier de Tarantino avec ses Kill Bill, mais les marier en les esthétisant, en images et en musique.

Une des scènes les plus fortes et les plus terrifiantes du film est cette inhumation de la blonde guerrière par le vulgaire et brutal frère de Bill (Michael Madsen), qui apprendra à ses frais qu'une combattante peut sortir d'une tombe et assouvir sa vengeance jusqu'au bout. La grande rivale de l'héroïne, blonde et borgne, est encore jouée par Daryl Hannah, ce qui nous vaudra un duel féminin élégant et sanglant, comme le cinéaste en a le secret. Kill Bill culmine sur l'affrontement final de la blonde et de Bill, affrontement d'ailleurs tendre, familial et amoureux mais destiné à connaître, comme on s'en doute, un dénouement violent.

Se promenant à travers les registres, mettant de la chair autour de l'os de son histoire, Tarantino apparaît plus proche de son propre univers relationnel que dans l'extravagant premier volet, appuyé sur ses prouesses techniques, et la conclusion de son diptyque y gagne un velours et une maîtrise sans esbroufe que l'on n'attendait pas.