«The Leisure Seeker»: roulez vieillesse

Les deux stars, Donald Sutherland et Helen Mirren, forment un couple crédible.
Photo: Les Films Séville Les deux stars, Donald Sutherland et Helen Mirren, forment un couple crédible.

Ella et John sont mariés depuis presque 50 ans. Toujours très épris l’un de l’autre, ils sont arrivés à ce stade de l’existence où l’usure de leur corps et de leur esprit menace de les séparer. Or, tout ce qu’ils désirent, c’est de finir leurs jours ensemble, paisiblement. Hélas, avec Ella qui est atteinte d’un cancer en phase terminale et John qui souffre de la maladie d’Alzheimer, une telle perspective paraît fort improbable. Mais c’est mal connaître Ella et John, qui, au grand dam de leurs enfants, filent en douce dans l’auguste « Winnebago » familial pour une ultime aventure en amoureux. Le surnom de l’engin, The Leisure Seeker, est aussi le titre de cette comédie dramatique mettant en vedette les merveilleux Helen Mirren et Donald Sutherland.

Le sujet est riche de possibilités, c’est le moins qu’on puisse dire. En effet, difficile d’imaginer prémisse plus poignante que celle de cette Chanson des vieux amants faite film. Ella fut mère au foyer dévouée, tandis que John fut un professeur de littérature passionné. Elle est native du Sud, il vient du Nord. Elle aime le cinéma, il préfère lire. Pareils en rien, ils se complètent en tout.

Déjà époux dans le drame biographique Docteur Norman Bethune, en 1990, Mirren et Sutherland forment un couple crédible. Dans leurs yeux : une connivence émouvante et la conscience douloureuse d’un vécu commun dont le souvenir se délite, inexorablement.

Formule inefficace

Malheureusement, le récit écrit par quatre coscénaristes, dont le réalisateur italien Paolo Virzi, qui signe là son premier film en anglais, laisse les talentueuses vedettes en plan.

Ce récent film emprunte en l’occurrence beaucoup à la structure du précédent long métrage de Virzi, le plus mémorable Folles de joie, ou les péripéties de deux femmes de tempéraments opposés qui, profitant d’une sortie organisée par le sanatorium où elles sont soignées, prennent la clé des champs.

Dans les deux cas : un tandem contrasté, le spectre de la maladie et une fugue ponctuée de moments de drame et de drôlerie. Cette fois, la formule ne convainc pas. Trop de scènes n’aboutissent pas ou tombent à plat, trop de développements télégraphiés rendent l’intrigue hyperprévisible.

Et c’est sans compter les enfants, une fille professeure comme son père et un fils qui se cherche encore, personnages unidimensionnels incarnés avec fadeur par Janel Moloney et une stridence cabotine par Christian McKay. Une sous-intrigue concernant l’homosexualité cachée de ce dernier est abordée puis abandonnée, entre autres fils narratifs mal attachés.

N’aller nulle part

La réalisation fait quant à elle mal aux yeux. En maintes occasions, on se demande ce que le réalisateur essaie de dire, d’exprimer, avec son enchaînement de plans aléatoirement filmés. Insérées ici et là, quelques compositions de type carte postale ne rehaussent pas tant la facture qu’elles ajoutent au fatras visuel.

Montage 101, musique pompière là où la douceur était de mise : au secours.

Reste les deux étoiles du film, Helen Mirren et Donald Sutherland, qui méritaient mieux que ce road movie qui ne va nulle part. On prend la voie d’évitement et on revoit plutôt le beau film de Jean Pierre Lefebvre, Les dernières fiançailles.

The Leisure Seeker (V.O.)

★★

Comédie dramatique de Paolo Virzi. Avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Janel Moloney, Christian McKay. France–Italie–États-Unis, 2017, 112 minutes.