FIFA: Lettres en direct du cerveau

La recherche de mots pour le dire, c’est le moteur qui lie l'écrivaine Hélène Nicolas, alias Babouillec, au monde.
Photo: Festival international du film sur l’art La recherche de mots pour le dire, c’est le moteur qui lie l'écrivaine Hélène Nicolas, alias Babouillec, au monde.

Hélène Nicolas ne parle pas. Elle n’a jamais parlé de sa vie. Et pourtant, elle signe des textes à la langue fulgurante.

Son dernier-né, un roman intitulé Rouge de soi, paraît ces jours-ci en France, sous le pseudonyme de Babouillec. Hélène Nicolas est autiste. Jusqu’à l’âge de 14 ans, elle ne communiquait avec personne, même pas par le toucher. Lorsqu’elle a eu vingt ans, sa mère a réalisé qu’elle savait écrire. Elle le fait à l’aide de lettres plastifiées qu’elle place sur un tableau, puisqu’elle ne peut pas manipuler un crayon. La cinéaste Julie Bertucelli l’a suivie durant deux ans pour réaliser le film Dernières nouvelles du cosmos, présenté au Festival international du film sur l’art (FIFA).

Julie Bertucelli a rencontré Hélène Nicolas alors qu’elle commençait à travailler avec le metteur en scène Pierre Meunier. C’est lui qui a écrit la préface d’Algorithme éponyme, un des livres de Babouillec paru aux Éditions Rivages Poche. « Je pensais mériter le nom d’éveillé, écrit-il, quand la lecture de Babouillec me fit réaliser la profondeur de mon sommeil. » Il faut dire que la rencontre avec Babouillec est troublante. Sa pensée émerge enfin de son mutisme pour aligner des lettres et des phrases, comme surgies d’une intelligence à la fois lointaine et sage.

« Trouver des limites, belle aventure urbaniste. Émancipée du besoin matériel, rien ne soulève en moi l’envie de bouger mon corps. Je guette les étoiles qui brillent dans ma tête », écrit-elle.

La recherche de mots pour le dire, c’est le moteur qui lie Babouillec au monde. Et elle répète son souhait ardent de conquérir la langue orale.

Hélène Nicolas est née « un jour de neige d’une mère qui se marre tout le temps », écrit-elle. Après avoir « raté la maternelle », elle passe plusieurs années de sa vie à fréquenter un établissement médico-social où elle ne fait aucun progrès, raconte sa mère dans le documentaire. Hélène est prostrée, ne supporte aucune forme de contact physique outre celui de la nourriture, et fait des crises à répétition. « À l’époque, elle ne reconnaissait pas sa mère », dit Julie Bertucelli.

Lorsque sa mère décide de s’en occuper à temps plein, elle s’aperçoit, par hasard, qu’Hélène sait lire. Elle lui présente alors un jeu d’assemblage composé de très gros morceaux qu’Hélène n’arrive pas à mettre ensemble. Puis, elles jouent à un jeu beaucoup plus complexe, où les petites pièces sont marquées d’un mot à leur dos. Hélène le réussit sans erreur.

C’est ainsi qu’elle développe un mode de communication qui lui permet d’entrer en contact avec les autres.

« En 2006, à force de travailler sans relâche, mon corps a ouvert des portes sur votre monde, écrit-elle encore dans Algorithme éponyme. L’écriture est sortie de ma tête et a donné un sens à ma vie sociale et culturelle. »

Julie Bertucelli a tourné ce film seule, en s’occupant elle-même de la caméra et du son. Hélène Nicolas est très consciente de cet oeil muet et « goguenard » qui la regarde. Son rêve est d’apprivoiser, un jour, la communication orale.

On suit donc Hélène Nicolas à travers la mise en scène de ses textes au Festival d’Avignon, et on contemple les progrès manifestes qu’elle fait de semaine en semaine. Julie Bertucelli témoigne du fait qu’elle peut désormais monter des escaliers seule, attendre plus longtemps. Hélène Nicolas n’en est pas à un miracle près.

Dernières nouvelles du cosmos

De Julie Bertucelli. Présenté à l’Auditorium Maxwell-Cummings du Musée des beaux-arts de Montréal, vendredi à 18 h.