Avec Les Filministes, le féminisme fait son cinéma

Les quatre organisatrices du festival: Coppélia LaRoche-Francœur, Gabrielle Doré, Soline Asselin et Anne-Julie Beaudin
Photo: Catherine Legault Le Devoir Les quatre organisatrices du festival: Coppélia LaRoche-Francœur, Gabrielle Doré, Soline Asselin et Anne-Julie Beaudin

Utiliser le cinéma, documentaire et de fiction, afin de sensibiliser le public aux enjeux féministes, voilà la mission des Filministes. Et pour une première année, ce collectif présente jusqu’à dimanche le festival du même nom.

Dans les derniers mois, avec les mouvements #MeToo et #TimesUp, le milieu du cinéma hollywoodien s’est levé contre les abus et les difficultés rencontrées par de nombreuses femmes qui y oeuvrent. Mais c’est le mouvement Agression non dénoncée, né à la fin de 2014, qui a allumé l’étincelle des Filministes.

« On a fait une projection, en 2015, avec le film The Hunting Ground. À la base, on pensait que ça allait être une petite séance avec nos amis, mais il y a vraiment eu une réponse de la communauté. On s’est dit qu’il y avait un besoin pour ça à Montréal », raconte Soline Asselin, qui a co-fondé le collectif et qui co-organise le festival.

Discussions

De projections organisées toutes les deux semaines (« un rythme fou »), puis une fois par mois (les organisatrices sont toutes des bénévoles), les Filministes présentent maintenant, trois ans plus tard, une version « condensée » de leurs activités sous forme de festival.

Jusqu’à dimanche, 23 courts métrages de la relève et quatre longs métrages sont ainsi présentés. Les courts, tous réalisés par des femmes, sont regroupés par thèmes : « Regards sur la maternité », « (Auto)portraits d’hiver » et « Corps intimes/Corps extimes ».

Les longs métrages — dont celui présenté jeudi, Ada pour mairesse de Pau Faus, qui documente l’élection de la mairesse de Barcelone et permet de tracer des parallèles avec celle de Valérie Plante à la mairie de Montréal — ont en commun de mettre en avant des femmes qui prennent leur place dans des milieux plus typiquement masculins.

Chacun est suivi d’une discussion avec des panélistes de différents milieux.

Festival féministe de films ou films féministes ?

« Les Filministes, c’est un festival féministe de films et pas un festival de films féministes », précise Anne-Julie Beaudin, co-organisatrice du festival.

La nuance réside ainsi dans le regard posé sur l’oeuvre plutôt que dans des revendications explicites. « On arrive toujours à extraire des films présentés une problématique ou des enjeux féministes », poursuit-elle.

« C’est aussi l’idée que le féminisme se retrouve dans le quotidien. On essaie de montrer que ça touche tout le monde et tous les sujets », ajoute Gabrielle Doré, co-fondatrice du collectif et co-organisatrice du festival.

Le « test de Bechdel », un outil pour déterminer si une oeuvre est centrée sur les hommes, est de plus en plus connu. S’il permet de faire une première analyse des rôles joués par les femmes dans un film, le réussir n’est pas un gage à 100 % qu’on se retrouve devant une oeuvre féministe ou non sexiste.

Sans donner de liste de critères établis pour analyser un film avec un regard féministe, les Filministes lancent quelques pistes. Par exemple : jeter un oeil à la composition de l’équipe de production ; se demander si les scènes de nudité servent réellement le récit ; s’attarder à ce que font les femmes dans l’histoire, sont-elles actives ? passives ?

« On aime les films qui “finissent bien” un peu, confie Soline Asselin. On a un parti pris pour les films qui montrent des exemples positifs. » Mais, malgré ce penchant pour les démonstrations d’« empowerment », les Filministes sont conscientes que certains sujets ou scènes difficiles doivent être — et seront — abordés.

Les longs métrages

Vendredi 9 mars
Seule fiction parmi les longs métrages présentés, Je danserai si je veux, de Maysaloun Hamoud, aborde la complexité de la vie de trois Palestiniennes vivant à Tel-Aviv. On y traite le féminisme intersectionnel, explique Anne-Julie Beaudin. « Il permet de voir comment ces femmes vivent le fait d’être minoritaires [à plusieurs niveaux] : elles sont des femmes et des Palestiniennes en Israël. »

Samedi 10 mars
Le documentaire Ouaga Girls, de Theresa Traore Dahlberg, est un film « très beau et contemplatif », selon Gabrielle Doré. Il montre la vie de femmes de Ouagadougou, au Burkina Faso, qui étudient pour devenir mécaniciennes.

Dimanche 11 mars
Grâce radicale, de Rebecca Parrish, s’interroge sur la place des femmes dans la religion catholique. « On suit trois sœurs qui se promènent aux États-Unis et qui font valoir leur point de vue par rapport au féminisme dans ce milieu-là », décrit Coppélia LaRoche-Francœur. Un sujet d’actualité, alors que le travail sous-payé et sous-valorisé des religieuses a été dénoncé au début du mois dans une publication du Vatican.

Les Filministes, à l’Artgang Plaza.