«Gringo»: le bon dernier

Dans le rôle d’Harold, David Oyelowo est parfait de sincérité. Idem pour Charlize Theron, qui vole ici la vedette comme elle l’a fait dans «Mad Max».
Photo: VVS Films Dans le rôle d’Harold, David Oyelowo est parfait de sincérité. Idem pour Charlize Theron, qui vole ici la vedette comme elle l’a fait dans «Mad Max».

Harold est, jusqu’à sa dernière fibre, un bon gars. Intègre, fiable, attentif, généreux… Autant de qualités, et quantité d’autres encore, qui font de lui un type bien. Sauf qu’Harold est aussi naïf. En effet, il tient pour acquis que le reste du monde est comme lui. Et qu’arrive-t-il à ceux qui pensent ainsi ? C’est ce qu’Harold apprend à la dure dans Gringo, comédie à propos d’un faux kidnapping qui devient vrai.

Harold (David Oyelowo) est un cadre intermédiaire chez Cannabax Technologies, que codirigent Richard (Joel Edgerton) et Elaine (Charlize Theron).

On va voir Gringo ou pas? La critique vidéo de François Lévesque.
 

 

En l’espace d’une très mauvaise semaine, son univers professionnel et personnel vole en éclats. Ainsi découvre-t-il que ses patrons s’apprêtent à fusionner avec un concurrent et qu’il sera l’un des nombreux à perdre son emploi. Amoureuse de son amant, sa femme Bonnie lui annonce quant à elle qu’elle le quitte.

Cela, alors qu’Harold se trouve à Mexico pour affaires. Déjà au bord de la faillite, le « bon gars » décide de se rebiffer. Son plan ? Simuler son propre kidnapping pour soutirer de l’argent à Richard et Elaine.

Image négative

Mais voilà qu’un narcotrafiquant local, croyant à tort qu’Harold est le président de la société, commande son enlèvement…

Grinçant pour la majorité de son déroulement, ce film réalisé par Nash Edgerton et coécrit par Anthony Tambakis et Matthew Stone chemine vers une conclusion étonnamment gentille. Ce qui pose problème, c’est que Gringo essaie de se la jouer edgy : la propension à s’amuser aux dépens de la rectitude politique n’est qu’une des indications de ces velléités transgressives. Or, avec le bon récompensé et les méchants punis à la fin, on reste dans le traditionnel.

Les personnages féminins font en outre sourciller, surtout Elaine, une beauté glaciale que le scénario définit comme une manipulatrice ambitieuse dont les armes de choix sont le sexe et la séduction. Point. Son arc dramatique démarre et s’arrête là — littéralement.

L’ex (Thandie Newton) est pour sa part esquissée en deux traits : infidèle et dépensière. Transcendant.

Quant à cette touriste (Amanda Seyfried) qui croise la route d’Harold, elle est la sainte censée racheter l’image négative véhiculée par les deux autres. Quoique tout cela soit peut-être inconscient. Il n’empêche, le résultat est là.

Parlant d’image, celle que le film offre du peuple mexicain se cantonne aux clichés criminels et folkloriques hollywoodiens.

Sens du punch

Heureusement, plusieurs bons gags, une réalisation qui déménage, et une qualité supérieure de jeu rehaussent le niveau de l’ensemble.

Dans le rôle d’Harold, David Oyelowo (Martin Luther King Jr. dans Selma) est parfait de sincérité, un brin benêt. Il rend d’office attachant cet homme qui se met à douter que l’honnêteté paie. Son timing et sa gestuelle font merveille dans les scènes comiques où couve souvent un fond de drame, aspect que l’acteur n’a aucune peine à intégrer.

Idem pour Charlize Theron, qui vole ici la vedette comme elle l’a fait dans Mad Max. Impartie, comme on l’évoquait, d’une partition tenant beaucoup du fantasme mâle, elle parvient à générer de la complexité en un regard, un silence. Son sens du punch est en outre redoutable alors que sa Elaine débite les pires horreurs.

Ces deux-là rachètent un film qui s’avère en définitive faussement sacrilège, et vraiment moral.

Gringo (V.O. et V.F.)

★★ 1/2

Comédie de Nash Edgerton. Avec David Oyelowo, Charlize Theron, Joel Edgerton, Amanda Seyfried, Thandie Newton, Sharlto Copley. États-Unis, 2018, 110 minutes.