«Un raccourci dans le temps»: perdus dans l’espace-temps

«Un raccourci dans le temps» est un récit initiatique sur fond d’«empowerment» féminin, de valorisation de soi et de célébration de la diversité culturelle.
Photo: Walt Disney Pictures Canada «Un raccourci dans le temps» est un récit initiatique sur fond d’«empowerment» féminin, de valorisation de soi et de célébration de la diversité culturelle.

Rien ne va plus pour Meg Murray (Storm Reid) et son petit frère Charles Wallace (Deric McCabe). Alors que leur mère (Gugu Mbatha-Raw), brillante femme de sciences, semble avoir perdu espoir que leur père (Chris Pine), éminent scientifique disparu il y a quatre ans, ne revienne, tous deux sont victimes d’intimidation à l’école. Venues de l’espace par un raccourci dans le temps, Madame Quiproquo (Reese Witherspoon), Madame Qui (Mindy Kaling) et Madame Quidam (Oprah Winfrey) leur apprennent que ce dernier est en réalité coincé dans un espace-temps.

Avant même que l’aventure débute, on ne peut que tiquer devant les ridicules toilettes, coiffures et maquillages des trois actrices. Dans quelle galère Ava DuVernay (Selma) s’est-elle donc embarquée en acceptant de porter à l’écran le best-seller de Madeleine L’Engle, Un raccourci dans le temps ?

Trio de clichés

 

Alors que toutes trois débitent comme des mantras des encouragements semblant sortis d’un manuel d’épanouissement personnel, on remarque non sans agacement que Witherspoon joue en roue libre et que la personnalité de Winfrey est si puissante qu’on ne parvient pas à croire à son personnage. Contrainte à parler en proverbes et maximes, Kaling réussit toutefois à amuser la galerie. On s’arme donc de patience en espérant que ce voyage initiatique ravisse l’enfant en soi.

Témoin de la révélation des trois guides célestes, Calvin (Levi Miller), nouvel (et seul) ami de Meg, s’embarque alors avec l’adolescente et son petit frère pour une odyssée intersidérale afin de retrouver M. Murray. Après avoir visité quelques endroits féeriques, les trois jeunes devront bientôt continuer sans les trois dames. Étant constituées de lumière, celles-ci ne peuvent les accompagner dans l’espace-temps où se trouve le scientifique puisque celui-ci est gouverné par une entité maléfique qui aspire la lumière. Ayant découvert que son enfant intérieur avait rendu l’âme au cours de la projection, le spectateur, las des inutiles et nombreux looks des trois Grâces de l’espace, n’a qu’envie d’applaudir à leur départ et de souhaiter que les ténèbres s’emparent de l’écran tant les couleurs lui irritent la rétine.

Récit initiatique sur fond d’empowerment féminin, de valorisation de soi et de célébration de la diversité culturelle — il y a quand même des qualités dans ce scénario écrit à gros traits par Jennifer Lee (coréalisatrice et coscénariste de La reine des neiges) et Jeff Stockwell (coscénariste du Secret de Térabithia) —, Un raccourci dans le temps distille des relents de philosophie nouvel-âgeuse noyés dans une épaisse sauce disneyenne que ne peut dissimuler la hideuse direction artistique. À défaut d’imagination, la cinéaste ne manque certes pas d’ambition. Multipliant les clins d’oeil à Avatar de James Cameron, Interstellar de Christopher Nolan et Cloud Atlas de Tom Tykwer et des soeurs Wachowski, elle signe au bout du compte une gentille fantaisie d’une esthétique clinquante pour fillettes.

Un raccourci dans le temps (V.F. de A Wrinkle in Time)

★★

Drame fantastique d’Ava DuVernay. Avec Storm Reid, Deric McCabe, Levi Miller, Chris Pine, Gugu Mbatha-Raw, Oprah Winfrey, Reese Witherspoon et Mindy Kaling. États-Unis, 2018, 109 minutes.