Hayao Miyazaki, ce soleil dévorant

Le dessinateur Hayao Miyazaki a pris sa retraite en 2013. 
Photo: Festival international du film sur l’art Le dessinateur Hayao Miyazaki a pris sa retraite en 2013. 

Qualifier Hayao Miyazaki de figure tutélaire de l’animation relève de l’évidence. Même chez les géants du genre, y compris chez le puissant Disney-Pixar, on voue un culte au père de Totoro, Ponyo et autres Princesse Mononoké. C’est ce soleil ardent que l’on croyait en hiver depuis une retraite médiatisée, en 2013, qui illumine Never-Ending Man : Hayao Miyazaki, documentaire doux-amer en compétition au Festival international du film sur l’art (FIFA).

Entre le cinéaste Kaku Arakawa et son sujet, plus d’une décennie de tango documentaire s’est écoulée, le premier ayant suivi le second à plusieurs étapes de sa carrière depuis 2007 pour sa série The Professionnals. L’intimité entre les deux est palpable. Aucun faux pas ni aucun malaise ne font écran ; la solidité de cette relation se traduisant par une économie de mots donnant tout son poids à la confidence.

Dans une scène clé, le cinéaste montre une esquisse traduisant son désarroi quant à la vie qui fuit. Sur la feuille, le créateur attend en file aux côtés de vieillards venus comme lui recevoir des soins. « Ce que tu vois, c’est un vieil homme choqué par la vue de tous ces vieillards à ses côtés. » Statut auquel Miyazaki, malgré sa fatigue évidente (« me concentrer demande tant d’énergie ! »), refuse net de s’identifier.

L’avidité du prodige derrière Le voyage de Chihiro reste palpable, rendue avec finesse par une caméra qui en traque chaque soubresaut, revers compris. Comme lorsque Miyazaki se désespère ouvertement que son aventure au sein du Studio Ghibli n’aura laissé aucun fruit. « J’ai entraîné des successeurs, mais je n’ai pas pu m’empêcher de tous les dévorer. C’était mon destin. » Ce désir inassouvi de pérennité le poussera pourtant à reprendre ses crayons.

Kaku Arakawa documente le réveil de ce soleil avec une précision qui émeut. On voit le cofondateur du studio Ghibli s’attendrir pour Boro, la chenille. Trop fatigué pour tout dessiner comme avant, il accepte qu’une part de la création de ce court métrage passe par l’équipe 3D et ses formules mathématiques infaillibles. Il s’en trouve rapidement ragaillardi : « Hayao absorbe l’énergie des jeunes, il s’en nourrit », s’émerveille son complice, Toshio Suzuki.

Mais vite, les heurts se multiplient. Car il y a aussi de l’amertume dans cette bataille que Miyazaki mène contre le temps, celui qui passe comme celui qui change grâce à l’intelligence artificielle qui fascine la nouvelle équipe. « Notre espoir est qu’avec l’apprentissage profond, l’ordinateur apprenne à peindre comme un humain », lui explique d’un ton docte un jeune superviseur de la branche expérimentale.

Sur l’écran, une forme humaine se tord, essayant d’avancer avec tous ses membres, tête comprise. Ni douleur ni logique ne guident ce corps qui se meut sans cervelle ni âme. La machine est encore en train d’apprendre, glisse-t-on à un Miyazaki rempli d’effroi. « Vous pouvez faire ces choses horribles, désensibilisées, mais je ne veux rien à voir avec elles. C’est une insulte à la vie ! »

La fascinante parenthèse ouverte par Kaku Arakawa se ferme peu après cet épisode, alors que Miyazaki décide de replonger coûte que coûte, cette fois pour un long métrage, mais à l’ancienne. « On n’abandonne pas cela, un film », dira-t-il, se donnant jusqu’à 2019 pour raconter l’histoire de Boro. Une fin ouverte, qui laisse songeur, entre glorification d’un passé révolu et panégyrique d’un futur déshumanisé.

Never-Ending Man : Hayao Miyazaki

En compétition au FIFA, présenté en programme double avec Mist of Seeds : Yoshinobu Nakagawa, dimanche, 11 h 45, au théâtre Paul-Desmarais du CCA.