«Le moineau rouge»: oiseau de proie

Pour peu qu’on accepte le film en tant que divertissement superficiel assumé, il y a un plaisir indéniable à voir la comédienne «oscarisée» défiler dans des tenues dont même les plus ordinaires servent à mettre en valeur sa beauté sculpturale.
Photo: 20th Century Fox Pour peu qu’on accepte le film en tant que divertissement superficiel assumé, il y a un plaisir indéniable à voir la comédienne «oscarisée» défiler dans des tenues dont même les plus ordinaires servent à mettre en valeur sa beauté sculpturale.

Impossible de ne pas pouffer devant la traduction littérale du drame d’espionnage Red Sparrow, devenu chez nous Le moineau rouge. Compte tenu du fait que le film traite surtout de sexe, la connotation coquine donnée au volatile « en québécois » confère au titre une équivoque d’autant plus drôle qu’elle est involontaire. D’ailleurs, que l’on ne se méprenne pas : cette adaptation d’un roman d’un ancien agent de la CIA relatant les péripéties d’une apprentie espionne entraînée à séduire ne saurait être prise au sérieux. Ce que, fort heureusement, le réalisateur Francis Lawrence et la vedette Jennifer Lawrence semblent avoir d’office compris.

À cet égard, pour peu qu’on accepte le film en tant que divertissement superficiel assumé, il y a un plaisir indéniable à voir la comédienne « oscarisée » défiler dans des tenues dont même les plus ordinaires servent à mettre en valeur sa beauté sculpturale.

Ce traitement de la star renvoie à l’âge d’or hollywoodien tant les costumes, les coiffures, le maquillage et surtout la caméra magnifient Jennifer Lawrence.

Clin d’oeil cinéphile

Une adoration dont elle se révèle digne en livrant une interprétation typiquement charismatique ; un talent singulier que le sien.

Jennifer Lawrence incarne Dominika, une prima ballerina du Bolchoï estropiée en plein récital. Nièce d’un bonze des services secrets, elle est envoyée dans une académie qui apprend aux recrues à décoder puis à satisfaire les besoins (charnels) de quiconque afin d’obtenir des informations pour Mère Russie, un concept tristement plausible.

Ici, le film adresse un beau clin d’oeil aux cinéphiles en mettant Charlotte Rampling, brève mais impériale, à la tête de l’établissement. Surnommée la matrone, elle casse les nouveaux venus lors de séances où formation rime avec humiliation.

La vénérable actrice est aux commandes en une inversion de son rôle phare dans Le portier de nuit, de Liliana Cavani, où un officier nazi faisait d’elle son jouet.

On va voir Le moineau rouge ou pas? La critique vidéo de François Lévesque

 

 
Clinquant de circonstances

Ainsi Dominika devient-elle une Red Sparrow, ou Moineau rouge, à la fois redoutable et vulnérable ; oiseau (de proie) au plumage de cristal. Sa première mission : se rapprocher d’un agent américain qui a débauché un haut dirigeant russe qu’on cherche à identifier.

Réalisateur, encore avec Jennifer Lawrence, des trois derniers Hunger Games, Francis Lawrence opte pour un esthétisme clinquant de circonstance, une violence crue et une nudité (homme-femme) copieuse, très pulp.

L’intrigue sinueuse est déployée sourire en coin, avec une opulence kitsch réjouissante. Même la convention ringarde de la distribution internationale pour incarner des Russes qui se parlent entre eux en anglais avec un accent à géométrie variable concourt au charme un peu ridicule de l’affaire.

Il est par contre des passages qui font grincer des dents, comme cette séquence de viol qui aurait aisément pu être évitée sans compromettre le développement qui survient ensuite. La quête d’affranchissement de la protagoniste n’en aurait pas davantage été affaiblie.

Faut pas pousser

À ce propos, la théorie défendue par Owen Gleiberman dans Variety voulant que Le moineau rouge soit supérieur à Blonde atomique (Atomic Blond) sous prétexte que, dans le premier, le personnage de Jennifer Lawrence sollicite ses méninges pour gagner par opposition à celui de Charlize Theron qui use dans le second de ses aptitudes au combat pour dominer, laisse songeur.

Outre que c’est là occulter l’intelligence supérieure conférée aux deux héroïnes, qui l’emportent d’abord parce qu’elles se montrent plus brillantes que leurs antagonistes mâles, c’est faire abstraction du fait que l’arme imposée à Dominika est la séduction. Arme qu’elle retourne contre ses oppresseurs, certes, mais qui demeure néanmoins le moteur principal de l’action.

Cela, dans le contexte d’un film construit en bonne partie autour de la physionomie de sa talentueuse vedette. Bref, pour le pamphlet féministe, on repassera.

Mais justement, le film lui-même a l’humilité de ne jamais prétendre être cela.

Le moineau rouge (V.F. de Red Sparrow)

★★ 1/2

Espionnage de Francis Lawrence. Avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Charlotte Rampling. États-Unis, 2017, 140 minutes.