«Charlotte a du fun»: la collectionneuse

Charlotte, au profil de jeune fille parfaite, se lancera dans une phase d’exploration sexuelle, après une déception amoureuse.
Photo: Les Films Séville Charlotte, au profil de jeune fille parfaite, se lancera dans une phase d’exploration sexuelle, après une déception amoureuse.

Faire un film d’ados est un exercice périlleux. Soit l’on verse dans la mièvrerie, en mettant en avant des nymphettes soupirant pour le prince charmant, soit l’on s’enfonce dans la vulgarité, notamment lorsque c’est raconté du point de vue de garçons en rut. Ne reculant devant rien, la scénariste Catherine Léger et la réalisatrice Sophie Lorain s’amènent avec un film d’ados où elles se penchent sur la sexualité des jeunes filles en fleur.

Audacieuse, coquine, ludique et poétique, l’offrande de ces dames, complices depuis leur scénario à quatre mains de La petite reine (2014), d’Alexis Durand-Brault, s’éloigne avec fraîcheur des sentiers battus. Bref, depuis À l’ouest de Pluton (2008), d’Henri Bernadet et Myriam Verreault, rarement a-t-on ressenti une volonté d’illustrer les tourments de l’adolescence de manière à la fois authentique et inventive.

Incarnation de la fille parfaite, Charlotte (Marguerite Bouchard) tombe des nues lorsque son petit ami lui apprend qu’il est gai. En peine d’amour, l’adolescente de 17 ans découvre avec émoi les jolis garçons, dont le volage Francis (Anthony Therrien), le réservé Guillaume (Alex Godbout) et Olivier l’intello (Vassili Schneider), qui travaillent au magasin de jouets où elle vient d’être embauchée avec ses meilleures amies, la rebelle Mégane (Romane Denis) et la romantique Aube (Rose Adam).

Lors d’un party d’Halloween, Charlotte constate, non sans embarras, qu’elle a couché avec plusieurs de ses confrères — et que ceux-ci n’ont pas hésité à s’en vanter. La jeune fille apprend à la dure que la culture du double standard n’est pas que le propre des générations précédentes. Charlotte convainc alors ses amies et consoeurs de faire voeu de chasteté, au moins jusqu’à Noël… au risque de passer à côté du grand amour.

Depuis son premier long métrage, l’adaptation décevante de la pièce de Michel Marc Bouchard Les grandes chaleurs, Sophie Lorain prouve hors de tout doute qu’elle a pris du galon à la télévision (La galère, Nouvelle adresse). Ayant judicieusement opté pour le noir et blanc, qui apporte une dimension onirique et intemporelle à Charlotte a du fun, elle insuffle dans sa mise en scène fluide et attentive aux mouvements de ses jeunes acteurs — tous au diapason — une touche fantaisiste par l’entremise de la Callas et du hockey.

À la direction photo, Alexis Durand-Brault tire joyeusement profit du décor labyrinthique, donnant ainsi aux chassés-croisés amoureux tour à tour tendres, cruels, naïfs et corsés de Catherine Léger l’allure d’un étourdissant marivaudage pour millénariaux.

À mi-chemin entre les chastes comédies d’ados à la Pretty in Pink de John Hugues et le cru Diary of a Teenage Girl de Marielle Heller, entre les papillons contre lesquels se bat Aurélie Laflamme et l’approche provocante de Larry Clark (Kids), cette proposition originale du tandem Léger-Lorain offre une réflexion frontale et sensible sur le désir féminin. Une réflexion qui s’avère plus que pertinente et nécessaire à l’ère du mouvement #MeToo.

Charlotte a du fun

★★★

Comédie dramatique de Sophie Lorain. Avec Marguerite Bouchard, Romane Denis, Rose Adam, Alex Godbout, Anthony Therrien et Vassili Schneider. Canada (Québec), 2018, 89 minutes.