La compagnie Weinstein, invendable, annonce sa faillite

Le producteur Harvey Weinstein, invisible depuis le début du scandale, serait actuellement en traitement contre les dépendances sexuelles.
Photo: Chris Pizzello La Presse canadienne Le producteur Harvey Weinstein, invisible depuis le début du scandale, serait actuellement en traitement contre les dépendances sexuelles.

Après d’infructueuses négociations de reprise, The Weinstein Company (TWC), le studio fondé par Harvey Weinstein et son frère Robert, a annoncé qu’elle allait se déclarer en faillite. L’entreprise est criblée de dettes et attaquée en justice pour avoir couvert les abus sexuels du producteur déchu.

« Tout en reconnaissant que cette solution est extrêmement dommageable pour nos employés, nos créanciers et toutes les victimes éventuelles, le conseil d’administration n’a pas d’autre choix que d’adopter la seule option viable pour maximiser la valeur restante de la compagnie : un processus de mise en faillite ordonné », a écrit le conseil d’administration dans une lettre aux investisseurs emmenés par Maria Contreras-Sweet et Ron Burkle, avec lesquels ils négociaient la reprise du studio depuis plusieurs semaines.

Dans cette lettre citée par plusieurs médias américains, le studio TWC accuse notamment Mme Contreras-Sweet, ex-responsable des PME pour le gouvernement Obama, et le milliardaire Ron Burkle de ne pas avoir apporté « les fonds provisoires nécessaires » à la rémunération des employés.

Il les accuse aussi de ne pas avoir, dans leur dernière proposition, répondu aux conditions posées par le procureur de l’État de New York. Ce dernier avait bloqué la vente il y a deux semaines, dénonçant un projet de reprise qui prévoyait alors de placer à la tête de la nouvelle société des dirigeants ayant couvert le comportement de prédateur sexuel de Harvey Weinstein, à commencer par David Glasser, directeur des opérations du studio, licencié depuis.

Le procureur avait aussi assigné le studio en justice pour ne pas avoir protégé ses employés des agissements d’Harvey Weinstein, lui reprochant de n’avoir jamais mené d’enquête malgré « le dépôt de dizaines de plaintes formelles et beaucoup d’autres informelles ».


Mme Contreras-Sweet s’est dite lundi «surprise» de l’annonce de la fin des négociations. «Sur la base de nos discussions, je pensais que nous étions proches de signer une transaction dans les prochains jours, mais il semble que la transaction n’est maintenant plus envisagée», a-t-elle déclaré dans un communiqué. Avec son projet de reprise lancé début novembre, elle avait espéré «créer une société dirigée par des femmes», et, dans le sillage du mouvement #MeToo, «servir d’exemple en changeant la culture du secteur» et en faisant du nouveau groupe un modèle de «gouvernance et de transparence», a-t-elle assuré.
 

Le procureur de New York s’est dit lui aussi «déçu» que les deux parties ne soient pas parvenues à un accord, malgré «des avancées claires» sur la question-clé du dédommagement des victimes. Il a notamment souligné que dans leur projet, évalué à 500 millions de dollars dont 225 millions de reprise de dettes, Contreras-Sweet et Burkle s’étaient «engagés à réserver 90 millions de dollars pour les victimes».

Attaquée de toutes parts

Sauf nouveau rebondissement, le dépôt de bilan semble donc imminent pour la Weinstein Company, dans la tourmente depuis la publication des premières accusations contre Harvey Weinstein le 5 octobre.

La plupart des projets qu’elle avait dans ses cartons sont suspendus. Les dates de sortie de plusieurs films achevés, comme The Upside, version américaine du film français Les intouchables, ou The War with Grandpa, une comédie avec Robert De Niro, ont été repoussées sine die. Les droits sur plusieurs projets en gestation ont été vendus, notamment ceux d’un projet de Quentin Tarantino sur les célèbres meurtres commis par les disciples de Charles Manson en 1969, cédés à Sony.

Fondé en 2005 après que les frères Weinstein eurent revendu leur studio Miramax à Disney, la TWC, qui a produit notamment The King’s Speech, The Artist ou Django Unchained, avait dès le 8 octobre écarté Harvey Weinstein de son conseil d’administration.

Mais très vite, les accusations se sont multipliées. Plus d’une centaine de femmes, dont des célébrités comme Ashley Judd, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek, ont à ce jour accusé le producteur de les avoir sexuellement harcelées, agressées ou violées.

Plusieurs d’entre elles ont saisi la justice, attaquant Harvey Weinstein et la TWC. Deux actions collectives ont été déposées, qui pourraient se traduire par des millions de dollars à payer en dommages et intérêts.

La TWC est aussi attaquée par certains employés, comme la secrétaire personnelle de Weinstein qui affirme avoir été forcée à faciliter ses abus. Le responsable des opérations, David Glasser, a annoncé qu’il réclamerait 85 millions de dollars pour limogeage indu.

L’offre de Contreras-Sweet et Burkle, d’un montant global de 500 millions de dollars, devait inclure plusieurs millions de dollars pour les victimes ainsi que 225 millions de dollars rien qu’en reprise de dettes. Si la faillite se confirme, elle devrait avoir pour effet d’« arrêter les plaintes », soulignait lundi le magazine Forbes. Les plaignants, qui ont souvent attaqué simultanément la société et Harvey Weinstein, n’auraient plus qu’à espérer que le producteur déchu puisse les dédommager grâce à sa fortune personnelle.

Face au torrent d’accusations, qui ont donné naissance au puissant mouvement anti-harcèlement #MeToo, les avocats d’Harvey Weinstein, 65 ans et père de cinq enfants, ont toujours démenti qu’il ait eu des rapports sexuels non consentis. Le producteur, invisible depuis le début du scandale, serait actuellement en traitement contre les dépendances sexuelles dans un centre spécialisé de l’Arizona.

Bien que les services de police de Los Angeles, de  New York et de Londres aient ouvert des enquêtes sur certains cas de viols ou d’agressions, il n’a pas été inculpé pour l’instant.

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