«Charlotte a du fun» donne la parole à une ingénue libertine

La dramaturge Catherine Léger et la réalisatrice Sophie Lorain unissent leurs forces pour réinventer le film d’ados.
Photo: Catherine Legault Le Devoir La dramaturge Catherine Léger et la réalisatrice Sophie Lorain unissent leurs forces pour réinventer le film d’ados.

Tout juste quatre ans après avoir coécrit La petite reine d’Alexis Durand-Brault, drame inspiré de l’histoire de la cycliste Geneviève Jeanson, la réalisatrice Sophie Lorain (Les grandes chaleurs) et la dramaturge Catherine Léger (Baby-sitter) unissent leurs forces pour réinventer le film d’ados.

D’entrée de jeu, Sophie Lorain avoue ne pas être friande du genre : « J’avais envie d’y donner une couleur un peu poétique, de lui donner ses lettres de noblesse, que je trouve qu’il n’a à peu près pas. Comme ce n’est pas un sujet dit noble, qui n’est pas bien vu, celui de la sexualité chez la jeune femme, je voulais lui donner un écrin pour pouvoir le soutenir. »

Dans Charlotte a du fun, on retrouve trois filles de cinquième secondaire, la parfaite Charlotte (Marguerite Bouchard), la rebelle Mégane (Romane Denis) et la romantique Aube (Rose Adam), embauchées dans un magasin de jouets où travaillent de charmants garçons du cégep, dont le volage Francis (Anthony Therrien), le sérieux Guillaume (Alex Godbout) et le timide Olivier (Vassili Schneider).

« Je ne voulais pas aller dans le rose bonbon, d’où le noir et blanc », explique la réalisatrice. Je voulais respecter le fait que Catherine ait campé le récit dans un magasin de jouets parce que ce sont des jeunes qui ont un pied dans l’enfance. Qui dit magasin de jouets, dit orgie de couleurs, de textures, c’était hors de question que l’oeil du spectateur soit porté sur tout ça. Je voulais qu’on reste sur le propos, que les filles et ce qu’elles disent soient à l’avant. »

Les hormones dans le tapis, Charlotte comprend après s’être retrouvée au lit avec plusieurs de ses collègues que les doubles standards perdurent. « Cela vient du fait qu’on est encore dans une éducation où l’on parle d’amour aux jeunes filles et où l’on demande aux garçons de modérer leurs transports. J’ai de jeunes enfants et je remarque qu’il y a un retour en force de la séparation des genres très tôt », explique la scénariste, qui a puisé dans ses souvenirs d’adolescence.

« Dès son plus jeune âge, la jeune fille est condamnée à exister dans le regard d’autrui, renchérit Sophie Lorain. « On est des Cendrillon et on le reste très, très longtemps. Ça nous est transmis de génération en génération ; bien que les femmes se soient libérées, on est à la même maudite place. Ce que Catherine a fait, c’est de donner la parole à ces jeunes femmes-là sans les juger. »

D’une certaine façon, Catherine Léger poursuit la réflexion entamée dans sa pièce Princesses, qui mettait en scène trois soeurs trentenaires, sur les pulsions sexuelles et le désir féminin. « J’adhère à l’idée féministe que la liberté sexuelle de la femme est importante pour son émancipation globale. Les grandes religions ont beaucoup essayé de contrôler les femmes afin de contrôler leur sexualité. Charlotte arrive à un moment clé de l’histoire où elle a le courage d’assumer ce qu’elle vit, de se regarder elle-même, de déculpabiliser. Peut-être qu’on donnera la chance à quelque chose de différent d’exister », espère l’auteure.

Sa réputation entachée, Charlotte prônera l’abstinence pour elle-même et pour ses amies, au grand dam des garçons : « Charlotte va se culpabiliser elle-même par peur de l’être par les autres, explique Sophie Lorain. Elle va donc tout faire pour redevenir la fille parfaite qu’elle devrait être plutôt que d’aller vers l’acception de ses propres viscères jusqu’à ce qu’on lui dise qu’aimer, c’est plus complexe que le nombre de gars avec qui on couche. »

Quatre saisons dans la vie de Béatrice

Le 14 mars, alors que TVA diffusera le dernier épisode de la lumineuse et chaleureuse série de Francine Tougas et d’Alexis Durand-Brault, Au secours de Béatrice, c’est à regret que l’on dira adieu à la docteure Béatrice Clément (Sophie Lorain), à son psychologue Monsieur P (Gabriel Arcand) et au personnel de l’hôpital Saint-Hyppolite. « Quand j’ai eu l’idée de produire cette série, je m’en allais dans un champ totalement opposé à ce qu’il y avait en ondes », se rappelle Sophie Lorain. On avait un budget restreint ; il fallait trouver une façon de l’instaurer, que ça soit faisable et que ça signifie quelque chose. Au secours de Béatrice est une série humaine où il y a peu de rebondissements ; c’est l’histoire d’une thérapie, de ses effets. On ne voulait pas que ce soit qu’une série d’hôpital comme les autres. Les textes de Francine, avec leur dimension poétique, s’y prêtaient ; tout de suite, Alexis a trouvé une façon d’alléger les choses, de diriger le focus dans chaque plan. Comme pour Charlotte a du fun, on avait une volonté de faire différemment parce que, sinon, à quoi ça sert ? »

La vie après Béatrice

Alexis Durand-Brault et Sophie Lorain se lancent dans l’adaptation de la série française Appelez mon agent (10 %). Ayant signé quelques textes de la première saison d’Au secours de Béatrice, Catherine Léger sera l’auteure principale de cette série dramatique légère.

« Ce qui nous a interpellés dans la série, qu’on a vue avant qu’elle entre en ondes grâce au producteur Dominique Besnéard, c’était les quatre agents d’artistes, de voir comment dans ce monde loufoque ils assurent leur survie. Il y a deux semaines, avec Catherine, on s’est retrouvé chez un agent pour se faire raconter des anecdotes. À plus petite échelle, on n’est pas loin des Français ! » raconte Sophie Lorain, qui sera productrice et réalisatrice du second bloc d’épisodes (son partenaire signera le premier bloc).

« Sauf que ce n’est pas hiérarchisé comme en France », note Catherine Léger. Dans le star-système québécois, c’est plus affectif, plus généreux, plus simple. Le côté humain est donc différent, n’empêche que c’est intense et qu’il y une compétition féroce. Le défi sera de mettre en scène cette intensité-là. C’est la première fois que je plonge dans une série de 24 épisodes ; c’est très excitant, ce n’est pas dans une thèse fermée d’une heure et demie. On explore plus en profondeur, les personnages vivent longtemps en subtilité et en nuance, empruntent différents chemins. »

« Les situations sont drôles, mais eux ne le savent pas. Comme on a plus d’épisodes, il y a moins d’ellipses, on a le temps d’aller plus loin dans leur vie, sans oublier la notion d’absurdité. On est dans le plus léger, et j’avais besoin de ça », conclut Sophie Lorain, qui promet que les vedettes invitées seront choyées par les textes de Catherine Léger.

Charlotte a du fun

À l’affiche dès le 2 mars