La leçon «unplugged» de Robin Aubert

«Je fais du cinéma parce que c’est le média que j’ai choisi pour exprimer mon point de vue sur ce qui m’entoure», raconte le réalisateur Robin Aubert.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Je fais du cinéma parce que c’est le média que j’ai choisi pour exprimer mon point de vue sur ce qui m’entoure», raconte le réalisateur Robin Aubert.

Le réalisateur et acteur Robin Aubert aura été présent presque d’un bout à l’autre de l’année 2017, avec les sorties de ses deux plus récents longs métrages, Tuktuq et Les affamés. Les Rendez-vous Québec Cinéma (RVQC) l’ont invité à tenir une des nombreuses classes de maître à l’affiche — ou « leçons de cinéma », selon la terminologie adoptée par le festival. Malgré son horaire chargé — « j’ai une vie de fou ces temps-ci », admet-il —, Robin Aubert a accepté de répondre à nos questions. Sa classe-leçon n’en sera pas une, promet néanmoins celui « qui n’a que faire des conventions » (dixit les documents des Rendez-vous).

Robin Aubert, on vous a invité à donner une classe de maître aux RVQC. Vous avez d’abord refusé l’invitation. Pourquoi ?

Le mot « maître » n’a plus la même résonance qu’à l’époque de Fellini. Je me sens le maître de rien du tout. Je me sens l’élève d’un métier que j’apprends de film en film.

Vous avez finalement accepté… Ça se définit comment, une « leçon de cinéma » à la sauce Robin Aubert ?

J’ai dit oui parce que j’ai proposé une sorte de classe de maître unplugged. Vingt-cinq personnes, pas plus. On en est venu à la conclusion que 50 était le bon nombre. Disons que Dominique Dugas [directeur des RVQC] est très insistant. Pis j’ai pensé aux jeunes cinéastes qui commencent. Si je peux, en une phrase, les convaincre de ne pas lâcher, cette conversation aura été utile.

On annonce une « conversation intime », que vous mettez en scène. Est-ce que ça veut dire que le public aura droit autant à l’acteur Robin Aubert qu’au metteur en scène ?

On parle plutôt de conception scénique pour enrichir un lieu. Ce n’est pas moi qui crée ce lieu, c’est Rosalie Montmarquette [coordonnatrice des événements des RVQC]. Je voulais des lampes et des chaises dépareillées, une ambiance feutrée, comme si on était autour d’un feu ou dans le salon d’un chalet, pis qu’on jasait de la vie. Pas d’extraits de films, pas de déplacement dans les décors pour montrer comment se fait une bonne direction d’acteurs. Tout ça, on peut l’apprendre sur le tas. C’est la communication intime qu’on est en train de perdre.

L’année 2017 aura été marquée par la sortie de Tuktuq et des Affamés. Avez-vous l’impression que cette inusitée concurrence a fait de vous, du moins dans l’imaginaire des gens, un maître ? Autrement dit, avez-vous perçu un changement d’attitude à votre égard ?

C’est une question extrêmement pertinente et je suis content que tu la poses. Malheureusement, je ne saurais y répondre adéquatement. La perception des gens, du milieu, change constamment. À mes yeux, le métier que je fais ne change pas. Je ne suis pas meilleur ou moins bon qu’un autre. Je fais du cinéma parce que c’est le média que j’ai choisi pour exprimer mon point de vue sur ce qui m’entoure.

Comment une rencontre avec le public, comme celle aux RVQC, peut-elle nourrir le cinéaste que vous êtes ?

Comme c’est une conversation, je m’attends à ce qu’on m’arrête à tout moment pour exprimer une opinion. Je suis là aussi pour écouter. J’ai une curiosité sans bornes pour le point de vue de l’autre. C’est la raison pour laquelle je continue de braquer ma caméra dans un décor inconnu, comme je l’ai fait avec Tuktuq. Je vais certainement sortir moins con [de la conversation] que j’en suis entré.

Aimeriez-vous ajouter quelque chose ?

Il faut voir une leçon de cinéma comme un exercice de style. [Denis] Villeneuve ou [Patrick] Huard ne donneront pas tout à coup la clef d’un succès assuré. Ils arriveront à la même conclusion que [Renée] April, [Alanis] Obomsawin ou moi : ça prend de la passion pour ce que tu fais. That’s it.

Leçon de cinéma « Robin Aubert : conversation intime »

Au centre Pierre-Péladeau, vendredi 23 février à 20 h