«Nelly et Simon: Mission Yéti» à la conquête du monde

Nancy Florence Savard et Pierre Greco, réalisateurs du film d’animation «Nelly et Simon: Mission Yéti»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Nancy Florence Savard et Pierre Greco, réalisateurs du film d’animation «Nelly et Simon: Mission Yéti»

Les revers, c’est formateur. Voilà en résumé le message que véhicule Nelly et Simon : Mission Yéti, où une aspirante détective (voix de Sylvie Moreau), un jeune scientifique (Guillaume Lemay-Thivierge) et un guide sherpa (Rachid Badouri) unissent leurs forces afin de prouver l’existence du yéti. Les revers, Nancy Florence Savard (La légende de Sarila) et Pierre Greco (Le coq de St-Victor) connaissent bien.

« Faire du cinéma d’animation au Québec, c’est un beau défi, encore plus aujourd’hui, affirme la fondatrice de la maison de production de Québec 10e Ave. Le défi, et ce, dans tous les secteurs et pas qu’à Québec, c’est la main-d’oeuvre. Actuellement, les studios américains manquent de main-d’oeuvre ; ils vont donc recruter et s’installer en France. Les Américains prennent tellement de main-d’oeuvre française que les Français s’installent à Montréal pour faire leurs productions. Évidemment, ça vide les régions. Le défi de créer à partir de chez nous, ce n’est pas une mince affaire. »

Le public québécois étant friand de films d’animation 3D américains, les réalisateurs québécois doivent non seulement rivaliser d’imagination contre les géants Pixar et DreamWorks, ils doivent le faire avec des budgets que l’on ne saurait qualifier de faramineux.

« L’animation crée de très bons emplois, mais il n’y a pas de programme spécial pour l’animation québécoise, tant à la SODEC qu’à Téléfilm, et ça, il va falloir qu’on y réfléchisse si on veut maintenir ce produit-là et si on veut, en plus, que les producteurs soient détenteurs de leur propriété intellectuelle. Ce qui est étonnant, c’est que les sociétés étrangères ont trouvé des formules pour être capables d’avoir l’attention de grandes agences comme Investissement Québec », explique Nancy Florence Savard.

« Malgré tout, on arrive à faire des films qui se distinguent, rappelle fièrement Pierre Greco. On est toujours au confluent des cultures : quand on a fait Le coq de St-Victor, c’était Marcel Pagnol à la rencontre de Chuck Jones ; dans Nelly et Simon : Mission Yéti, c’est Spielberg à la rencontre de Franquin. Même sur le plan du récit, ça nous permet de nous distinguer. Faute de moyens, on utilise beaucoup d’ellipses et on se concentre sur le récit. Tout est plus rapide et plus efficace, et personne ne se sent lésé. »

Fierté québécoise

Alors que La légende de Sarila célébrait la majesté du Grand-Nord et Le coq de St-Victor, le charme bucolique de Charlevoix, les aventures de Nelly et Simon imaginées par Pierre Greco et André Morency nous transportent au coeur de l’Himalaya. Toutefois, c’est dans le Vieux-Québec nocturne de 1956 que tout commence.

« Dans Hitchcock/Truffaut, Hitchcock dit que Québec se prête bien aux scènes de nuit, rappelle Pierre Greco. Longtemps durant le processus de création, sur mon ordinateur, il y avait des images du Troisième homme pour garder l’inspiration, rester dans l’esprit du film noir. Je me suis aussi beaucoup inspiré des albums de Spirou et Fantasio — La corne du rhinocéros et Le prisonnier du Bouddha ; pour Nelly, j’avais en tête l’aviatrice Amelia Earhart, Lady X, l’adversaire de Buck Danny, Seccotine, héroïne de Spirou et Fantasio, et Katharine Hepburn. »

Fervent admirateur des grands aventuriers, Pierre Greco a aussi voulu insuffler une touche environnementaliste au tout. « En 2003, Edmund Hillary, le premier homme à escalader l’Everest avec Tensing Norgay en 1953, a choqué lors d’un discours où il a dit que l’Everest était la poubelle du monde à cause des expéditions friquées. Suite à ça, le gouvernement népalais a obligé tout le monde à redescendre avec ses déchets. Je ne voulais pas que le film se passe aujourd’hui ; je voulais qu’on ressente l’isolation, l’aspect pionnier de l’aventure. On voulait que ça se passe après la conquête de l’Everest et faire allusion aux parcs thématiques — Disney a été créé en 1955 — qui détruisent les environnements. »

Et l’avenir ?

Déjà vendu dans 56 pays, Nelly et Simon : Mission Yéti donne pour ainsi dire du vent dans les voiles à 10e Ave. L’automne dernier, Pierre Greco a fait le scénarimage de son prochain long-métrage, Brad, le génie des Pomerleau, d’après la série de romans Le génie Brad de Johanne Mercier (Le coq de San Vito), et en aurait déjà écrit la suite. Le romancier et scénariste Marc Robitaille (Histoires d’hiver, Un été sans point ni coup sûr) et le réalisateur Nicola Lemay (Les yeux noirs, Nul poisson où aller) développent leur premier long-métrage d’animation, Félix et le trésor de Morgäa.

« Si on n’y croyait pas, on ne ferait pas autant d’efforts, lance Nancy Florence Savard avec émotion. Est-ce qu’on a trouvé toutes les solutions ? Je suis comme Nelly, je fonce, j’avance. C’est sûr que le chemin sera plein de courbes, mais on a tellement de talent chez nous que même lorsque c’est difficile et qu’on nous demande si nous allons abandonner, tout ce que je vois, ce sont des milliers de petits personnages qui nous regardent avec leurs grands yeux, l’air de nous supplier de ne pas les abandonner. Et nous ne les abandonnerons pas. »

À l’affiche le 23 février