«Les faux tatouages»: la mélodie de la rédemption

Mag (Rose-Marie Perreault, d’un naturel confondant) et Théo (Anthony Therrien, tout de rage contenue) forment un tandem pas toujours bien accordé.
Photo: Nemesis Films Mag (Rose-Marie Perreault, d’un naturel confondant) et Théo (Anthony Therrien, tout de rage contenue) forment un tandem pas toujours bien accordé.

Tout comme dans Tadoussac, de Martin Laroche, Les faux tatouages présente un moment d’une grande puissance émotionnelle où l’appareil téléphonique constitue le point d’ancrage entre deux protagonistes que tout semble séparer, dont la distance. Pas question de révéler de quoi il en retourne exactement dans ce premier long métrage de fiction signé Pascal Plante, mais dans les deux films, l’objet jette des ponts entre les solitudes et panse, un peu, les blessures du passé.

D’une manière subtile, il est question de culpabilité, et de pardon, dans ce drame qui se donne parfois les allures d’une légère romance de fin d’été, une histoire d’un soir s’étirant à coups d’instants euphoriques ou de rendez-vous manqués. Elle est aussi ponctuée de silences embarrassés, mais surtout de musiques de tous les styles (punk, rock, folk, classique, pop, etc.) qui donnent aux personnages une belle étoffe psychologique. Ce tandem pas toujours bien accordé s’est rencontré dans un restaurant sans âme du centre-ville de Montréal, et à deux pas d’une salle de spectacle après un concert endiablé, leurs tatouages, résolument éphémères, devenant un prétexte à amorcer la conversation.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’aplomb de Mag (Rose-Marie Perreault, d’un naturel confondant), abordant le timoré Théo (Anthony Therrien, tout de rage contenue) dans ce lieu trop éclairé, révélant le malaise du garçon envers tout ce qui l’entoure. Dans ce contexte, celui qui vient tout juste d’avoir 18 ans — esseulé le jour de son anniversaire… — accepte, comme à contrecoeur, son invitation à passer la nuit chez elle, lancée sans ambages, ce qui n’est pas sans déstabiliser cet être opaque, morose, mystérieux. Pourquoi une telle méfiance ? Théo traîne son spleen jusqu’au fin fond de sa banlieue, mais se déleste peu à peu de ses idées noires auprès de celle qui partage avec lui plus d’une passion, mais pas forcément les mêmes goûts musicaux.

La perspective de le voir quitter la ville dans deux semaines ne freine pas l’enthousiasme de Mag à poursuivre cette relation particulière. Son départ pour La Pocatière chez sa soeur aînée, Théo a du mal à en verbaliser la finalité, comme tout le reste d’ailleurs… Ce sont pourtant ces zones d’ombres qui donnent au film toute sa force, épousant totalement l’enfermement émotionnel de ce jeune homme qui cause peu, sourit à peine, sauf lorsqu’il se laisse aller à sa créativité de dessinateur, sur la peau ou sur un mur, ou de musicien plutôt paralysé par un trop grand désir de perfection.

Ce n’est d’ailleurs pas ce qui explique sa timidité maladive, le scénario refusant d’illustrer de manière éloquente les démons qui assaillent cette figure masculine très représentative dans le paysage cinématographique québécois. Chronique d’une liaison à la fin annoncée, elle aborde, en façade, l’amour au temps du numérique et des gadgets électroniques (lorsque Théo surprend Mag un livre à la main, il observe la chose comme s’il s’agissait d’un artefact d’un autre temps), mais décrit surtout le douloureux processus conduisant à la rédemption. Les faux tatouages dévoile ainsi la vraie nature d’une âme blessée, et à quel point la musique peut la guérir.

Les faux tatouages

★★★ 1/2

Drame de Pascal Plante. Avec Anthony Therrien, Rose-Marie Perreault, Brigitte Poupart, Nicole Sylvie Lagarde. Québec, 2017, 87 minutes.