«Early Man» — La préhistoire du ballon rond

Le jeune homme des cavernes Dug se frottera à la civilisation d’un monde qui a évolué vers l’âge de bronze à son insu.
Photo: Les Films Séville Le jeune homme des cavernes Dug se frottera à la civilisation d’un monde qui a évolué vers l’âge de bronze à son insu.

Nick Park incarne à lui seul un pan important de l’animation britannique, maître du stop-motion derrière quelques-unes des réussites des studios Aardman (Wallace and Gromit, The Curse of the Were-Rabbit). La compagnie apparaît toutefois en quête d’un nouveau souffle, et par ricochet de succès commerciaux, sûrement nostalgique de l’euphorie créée à l’époque par Chicken Run (2000). Aussi charmant soit-il, Shaun the Sheep Movie (2015), de Mark Burton et Richard Starzak, n’avait pas rempli les attentes, plusieurs ayant été rebutés par ce petit bijou… sans dialogues.

Les personnages sont beaucoup plus bavards dans Early Man, une fantaisie préhistorique signée Nick Park, période qui aurait vu la naissance du foot et de la fièvre pour le ballon rond, création favorisée par l’atterrissage d’une météorite au milieu d’un monde sorti tout droit de l’imagination fertile du célèbre créateur de monstres Ray Harryhausen. La déflagration a permis à une tribu de vivre au milieu d’une vallée verdoyante, et surtout en autarcie, ignorant qu’autour d’elle non seulement la Terre tourne, mais aussi qu’elle a quitté l’âge de pierre pour celui du bronze.

Entre deux chasses au lapin — l’animal fétiche du réalisateur ! —, ce clan dominé par un vieux chef de… 31 ans, Bobnar (Timothy Spall), et énergisé par la présence du jeune Dug (Eddy Redmayne), se voit forcé de vivre avant l’heure une fuite en Égypte, expulsé par les hordes « bronzées » de Lord Nooth (Tom Hiddleston, dont l’accent oscille entre le français et l’allemand), d’une cupidité à rendre jaloux les filous qui ont défilé devant la commission Charbonneau. Pour sauver leur peau, et leur existence bucolique, Dug et ses semblables acceptent d’affronter l’équipe championne de foot de ce royaume rutilant : un défi de taille, car personne de son clan ne sait jouer, contrairement à leurs ancêtres.

Nick Park serait-il un habitué de Ciné-Cadeau ? Il y a un soupçon des 12 travaux d’Astérix dans cette bataille (plus ou moins) virile entre une bande d’irréductibles un peu abrutis face à l’arrogance technologique d’une société aveuglée par sa puissance et retranchée derrière ses fortifications. Les références, politiques et culturelles, foisonnent dans cette variation sportive des Pierrafeu, et qui plaira surtout à ceux et celles qui trépignent d’impatience avant la tenue de la prochaine Coupe du monde.

Il faut reconnaître aux artisans d’Early Man un certain courage à mettre en avant la culture et les mythes d’un sport que l’Amérique du Nord n’embrasse qu’à moitié. Fidèles à leurs traditions, et à celles d’une Grande-Bretagne oscillant toujours entre l’ouverture et l’isolationnisme, les studios Aardman évitent la surenchère vocale (des acteurs chevronnés, mais pas une bousculade de vedettes), multiplient les allusions aux autres films qui ont fait leur renommée (tout comme le mouton Shaun, le sanglier Hognob vole le show à chaque grognement) et conservé un style loin du tape-à-l’oeil numérique de leurs rivaux américains.

Tout cela n’en fera pas un objet de culte à Ciné-Cadeau, mais un divertissement tonique pour tous les âges. Fans de foot ou pas.

Cro Man (V.F. de Early Man)

★★★

Film d’animation de Nick Park. Avec les voix de Eddie Redmayne, Tom Hiddleston, Timothy Spall, Maisie Williams. Grande-Bretagne, France, 2018, 89 minutes.