«Lola Pater»: son père est une femme comme les autres

Tewfik Jallab et Fanny Ardant dans une scène de «Lola Pater»
Photo: Axia Films Tewfik Jallab et Fanny Ardant dans une scène de «Lola Pater»

La transsexualité constitue un nouveau territoire à explorer, et déjà les exemples ne manquent pas, ici (Laurence Anyways) comme ailleurs (Transamerica, The Danish Girl). Le cinéma français ne voulait visiblement pas être en reste, et Nadir Moknèche (Délice Paloma, Goodbye Morocco) s’est acquitté de cette tâche délicate dans Lola Pater.

Pour ajouter une complexité supplémentaire à cette description des impacts d’un changement de sexe, pour la personne coincée dans un corps qui ne semble pas le sien, mais aussi pour son entourage, le cinéaste évoque en filigrane le douloureux passé de l’Algérie, et certains enjeux liés à la religion musulmane. Mais le véritable dilemme moral du film apparaît à la fois simple, et cruel : un homme devenu femme demeure-t-il le père de son fils ?

On peut alors mieux comprendre le désarroi de Zino (Tewfik Jallab), un jeune Parisien accordeur de pianos, devant la découverte, progressive, de la véritable identité de son père, Farid, après la mort de sa mère (Lubna Azabal, juste en passant, et malheureusement). Il avait totalement disparu du paysage familial depuis son enfance, et les retrouvailles imposées par la triste nouvelle nourrissent un doute : Lola (Fanny Ardant) serait-elle la conjointe de son père ?

Recluse dans le sud de la France auprès de sa compagne et régnant en reine sur une école de danse, cette femme extravagante, à la poitrine généreuse, doit affronter l’inévitable, et dévoiler sa vraie nature. Un processus entrecoupé de rendez-vous ratés, de soirées trop bien arrosées, et de gestes impulsifs qui donnent à Lola des allures de grande tragédienne — d’autres diraient plus simplement : drama queen.

Avec son aura de star, sa voix inimitable et un désir manifeste de casser son image (depuis Pédale douce, de Gabriel Aghion, jusqu’à Les beaux jours, de Marion Vernoux), Fanny Ardant n’apparaît jamais comme un choix incongru dans la peau et les multiples étoffes de cette héroïne à l’identité flottante. On dirait même que l’actrice s’en amuse, tout en sachant y insuffler la gravité nécessaire pour décrire l’étendue de son drame intérieur. Il est d’ailleurs parfois abordé en termes crus : vaut-il mieux un père à jamais disparu qu’un « pater » qui a choisi de « corriger » ce que Dieu lui avait octroyé à la naissance ?

Ces questions sont toutefois débattues de manière allusive, et parfois même de façon précipitée, Nadir Moknèche centrant son attention sur le processus de réconciliation entre deux êtres blessés, laissant de côté les questions d’intolérance (un échange épistolaire entre les parents de Zino évoque un séjour à l’hôpital psychiatrique en Algérie), ainsi que les enjeux médicaux liés à cette radicale transformation. En l’espace de quelques jours riches en péripéties au coeur d’un Paris de cartes postales et de charmants hôtels chics, la hache de guerre est enterrée, non sans quelques coups d’éclat dramatiques vite expédiés. Au final, un drame au croisement de la comédie et du mélodrame, mais surtout un cheminement identitaire un peu laborieux.

Lola Pater

★★★

Drame de Nadir Moknèche. Avec Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci, Véronique Dumont. France-Belgique, 2017, 95 minutes.