«Film Stars Don’t Die in Liverpool»: cet amour-là

Annette Bening avait atteint l’âge de Gloria Grahame au moment des faits lorsque le financement fut enfin réuni pour le tournage du film. Et en Jamie Bell, elle trouvait le partenaire idéal.
Photo: Métropole Films Annette Bening avait atteint l’âge de Gloria Grahame au moment des faits lorsque le financement fut enfin réuni pour le tournage du film. Et en Jamie Bell, elle trouvait le partenaire idéal.

L'histoire d’amour au coeur de Film Stars Don’t Die in Liverpool a l’air d’autant plus arrangée avec le gars des vues qu’elle est campée dans le monde du cinéma. Elle n’en est pas moins bel et bien vraie. Ainsi le long métrage de Paul McGuigan est-il une adaptation de l’ouvrage autobiographique de Peter Turner qui, aspirant acteur dans l’Angleterre des années 1970, vécut une folle passion avec Gloria Grahame, vedette hollywoodienne des années 1940-1950 alors réduite à courir le cachet. Annette Bening incarne la comédienne en fin de parcours tandis que Jamie Bell tient le rôle de Turner, qui se dit ému du résultat, entre autres confidences.

« Je suis sans vergogne dans mon admiration pour le film, pour le travail d’Annette et de Jamie et de Paul », s’excuse presque Peter Turner au bout du fil.

Dans sa voix, on discerne un mélange de joie et de chagrin. Normal, puisque ce sont là des fragments d’un bonheur enfui qui sont évoqués, quoique le film, comme le livre, ne soit pas dénué d’humour.

Jeux de miroirs

Photo: Sonia Recchia Agence France-Presse «Je suis sans vergogne dans mon admiration pour le film, pour le travail d’Annette et de Jamie et de Paul», admet Peter Turner.

L’action démarre à Londres dans une loge de théâtre. Une actrice s’y maquille pour la scène. Entre deux exercices de diction, elle répète son texte (on reconnaît La ménagerie de verre).

Il s’agit de Gloria Grahame, vedette de classiques du film noir comme Crossfire (Edward Dmytryk, 1947), In a Lonely Place (Le violent, Nicholas Ray, 1950) et Sudden Fear (David Miller, 1952), et lauréate d’un Oscar pour The Bad and the Beautiful (Les ensorcelés, Vincente Minnelli, 1952).

Le décor décati est à l’image du lustre affadi de la star, qui bientôt s’effondre. À sa demande, elle est transportée dans une famille ouvrière de Liverpool où elle retrouve Peter Turner, jeune homme avec qui elle a récemment interrompu une idylle.

Par retours en arrière interposés, tous deux revivent une romance « mai-décembre » qui entre dans son troisième et dernier acte.

L’actrice parfaite

Ironiquement, ce récit tournant autour d’une légende du grand écran mit du temps à être adapté au cinéma, qui aime pourtant se regarder.

« Gloria est décédée en 1981 et mon livre est paru en 1986, rappelle Peter Turner. En 1994, Barbara Broccoli [productrice des aventures de James Bond] en a acquis les droits, mais comme c’est souvent le cas en cinéma, de retards en désistements, rien ne s’est passé pendant de longues années. »

En fait, un développement majeur était déjà survenu, mais à l’insu de l’auteur. En effet, en 1989, durant la préproduction du néo-noir The Grifters (Les arnaqueurs), le cinéaste Stephen Frears demanda à Annette Bening de regarder les films de Gloria Grahame, en guise de préparation.

« Gloria conférait aux rôles de femme fatale une complexité inouïe, note M. Turner. Elle était une actrice prodigieuse, mais elle était anticonformiste, elle avait du caractère. Hollywood détestait ça chez une femme. »

Échos contemporains. Quoi qu’il en soit, Annette Bening comprit qu’elle était quasiment le sosie de Gloria Grahame. « En apprenant l’existence de mon livre et du scénario, Annette a fait connaître son intérêt. Elle estrestée associée au projet des années. »

L’attente en valut la peine. Non seulement Annette Bening avait-elle atteint l’âge de Gloria Grahame au moment des faits lorsque le financement fut enfin réuni, mais en Jamie Bell, elle trouvait le partenaire idéal.
 

Unique, étrange, touchant

Fait intéressant, l’acteur révélé en 2000 dans le merveilleux Billy Elliot n’avait encore jamais joué un « premier rôle romantique » avant d’accepter d’interpréter Peter Turner.

« Je n’y avais pas pensé, mais c’est exact, opine Jamie Bell lors d’un entretien téléphonique. On m’en a proposé, mais aucun ne m’a interpellé. Le plus curieux avec ce film-ci, c’est que lorsqu’on m’a envoyé le scénario, je ne connaissais rien de cette histoire que j’ai trouvée invraisemblable à ma première lecture. Pas à cause de la différence d’âge, mais à cause du contexte : cette ancienne vedette hollywoodienne qui aboutit à Liverpool… Mais voilà, c’était vrai ! J’ai relu le scénario, et là j’ai été séduit. Tout à coup, je découvrais un récit unique, étrange et touchant. »

Touché, Jamie Bell le fut notamment par le volet familial. « Le père et la mère de Peter n’ont pas jugé la relation entre leur fils et cette actrice bien plus âgée que lui, ni au début, ni lorsqu’elle est venue s’installer chez eux. Même à cette époque, ils étaient capables d’une ouverture merveilleuse. »

La perspective de donner la réplique à Annette Bening fut un argument additionnel, et la chimie qui est leur est de celles qui ne se simulent pas.

Beau paradoxe

Parlant de ne pas tricher, corollaire des similitudes physiques entre Annette Bening et Gloria Grahame, la production put utiliser nombre d’extraits de films de la seconde sans trucage numérique. Peter Turner précise à cet égard : « Il ne faut pas oublier qu’alors, il n’y avait pas d’Internet ni de clubs vidéo. Je connaissais la réputation de Gloria par mes parents, qui étaient des admirateurs de la première heure. Il fallait attraper un film à la télé, ou une projection spéciale au cinéma. Pour moi, son aura de star, c’était abstrait quand je l’ai connue. Voir Annette, qui lui ressemble tellement, à l’époque où je l’ai rencontrée… Je ne vous cache pas que j’ai été bouleversé en voyant le film la première fois. »

Comme quoi la magie du cinéma, ici par surcroît toile de fond, fonctionne dans Film Stars Don’t Die in Liverpool. Cela, même après que le film eut dévoilé à la fin ses trucages et artifices.

L’histoire d’amour à laquelle on vient d’assister, beau paradoxe, n’en paraît que plus vraie encore.

Film Stars Don’t Die in Liverpool prend l’affiche le 9 février.

Tiré du livre

Publié aux éditions Picador, Film Stars Don’t Die in Liverpool n’a pas été édité en français. On en a traduit un extrait.

« J’étais assis en silence, admirant la conduite automobile de mon frère, mais espérant aussi que cette journée ne serait pas pour lui une perte de temps. Il était déjà arrivé qu’on m’appelle d’un théâtre où se produisait Gloria afin que je m’y rende rapidement. Elle était parfois nerveuse avant une première et on me priait alors de la cajoler un peu. Je me demandais si c’était en l’occurrence le cas.

Et je me souvenais de cette fois où Gloria m’avait appelé de New York, m’implorant de la rejoindre dès que possible.

— J’ai eu un terrible accident, Peter. Je suis toute seule, je ne peux pas marcher. Ce sont mes jambes.

Quand je suis arrivé deux jours plus tard, j’ai pu voir que rien ne clochait avec ses jambes mais que son pied était enflé et avait l’air un peu endolori. Le terrible accident s’est révélé n’être qu’une écharde.

Mais alors que je regardais par la fenêtre de la voiture de Joe, presque hypnotisé par les couleurs que produisait la pluie sur la surface de la route, je me suis rejoué mentalement la conversation téléphonique que j’avais eue avec l’homme de Lancaster.

— Gloria est malade. C’est très important que vous veniez, avait-il dit. »