«Mon amour à jamais»: Billy, je te veux dans ma vie

«Forever my Girl» donne au Salon de la mariée des allures de sobriété.
Photo: Jacob Yakob Entract Films «Forever my Girl» donne au Salon de la mariée des allures de sobriété.

On reconnaît une peinture à numéros lorsque l’on doit en subir une ; même supplice au cinéma, surtout pendant ces longues périodes creuses entre les saisons dites payantes, celles qui sentent fort la tablette poussiéreuse et le sortez-moi-ce-film-au-plus-vite.

Forever my Girl — déjà, ce titre, sculpté dans la guimauve… — affiche toutes les caractéristiques de la bluette sentimentale qui, à une autre époque, aurait sans doute plu à Meg Ryan, même si les scénarios qu’on lui offrait avaient des allures de Citizen Kane en comparaison de celui que signe Bethany Ashton Wolf pour son premier long métrage, et inspiré d’un roman. La cinéaste plonge aussi dans ses racines, celles de La Nouvelle-Orléans, mais elle s’y comporte en touriste, autant sur le plan musical, où le jazz semble pratiquement disparu, que visuel, avec cette enfilade de vues aériennes qui donnent aux marécages des allures de bain de boue dans un spa de luxe.

Cette esthétique affiche toutefois sa cohérence avec le petit monde javellisé qu’elle décrit, une communauté où tout le monde converge vers l’église pour la messe dominicale, et surtout où tout le monde pense la même chose de Liam (Alex Roe, dont les t-shirts expriment plus d’émotions), le seul mouton noir des environs qui avait sûrement de bonnes raisons de fuir cette carte postale vivante. Car personne ne le porte dans son coeur de fidèle croyant, lui qui a répondu absent le jour de son mariage, laissant Josie (Jessica Rothe, fade) dévastée.

Sept ans plus tard, le rebelle est devenu star de la chanson, et de retour dans les parages, il tente de renouer avec le passé, mais aussi avec l’avenir, ignorant qu’il est le père d’une fillette, Billy (Abby Ryder Fortson, façon première de classe désincarnée), d’une intelligence supérieure, mais qui ressemble surtout à la marionnette à messages de la scénariste.

Et des messages, il y en a à profusion dans Forever my Girl, à commencer par cette apologie du mariage qui donne au Salon de la mariée des allures de sobriété, ou cette description ridicule de la vie d’une vedette, forcément dissolue parce que trop loin de cet univers où la pire drogue demeure la tarte aux pommes. Il serait sans doute possible d’y avoir une apologie du courage de la mère célibataire — j’en connais plusieurs qui saliveraient devant la prospérité de sa boutique de fleurs et l’opulence de sa maison —, mais vous aurez compris que tout est programmé pour un inévitable triomphe de l’amour conjugal, cimenté par cette enfant dont le montage camoufle bien mal le faux talent pour la guitare.

Il n’y a pourtant rien de surprenant dans ce mauvais camouflage, considérant le caractère plus que fabriqué des scènes de concert, supposément dans des stades en délire, et de toute cette artillerie déployée autour d’une reconquête amoureuse qui font enfin comprendre le succès de Fifty Shades of Grey. Car dans Forever my Girl, quand il faut une limousine, un hélicoptère et un restaurant chic pour se faire pardonner ses péchés de jeunesse, pas étonnant que d’autres préfèrent le fouet et les menottes. Au moins, l’espace d’un instant, ça nous sort de notre torpeur.

V.F. : Cinéplex Odéon Quartier Latin, StarCité Montréal, Fleur de Lys, La Maison du cinéma, Méga-Plex Pont-Viau 16, Méga-Plex Terrebonne 14, Place Biermans, RGFM — Joliette, St-Eustache, Triomphe, Beauport, Cinéma 9 Gatineau.

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Mon amour à jamais (V.F. de Forever my Girl)

★★

Drame sentimental de Bethany Ashton Wolf. Avec Alex Roe, Jessica Rothe, John Benjamin Hickey, Abby Ryder Fortson. États-Unis, 2018, 104 min.