«L’heure la plus sombre» — Le «vieux lion» aux portes du pouvoir

Winston Churchill passa à l'histoire grâce à son talent oratoire et ses positions héroïques.
Photo: Universal Winston Churchill passa à l'histoire grâce à son talent oratoire et ses positions héroïques.

Le souvenir du brillant Dunkerque de Christopher Nolan, du truculent John Lithgow dans la première saison de la série The Crown, de l’émouvant Brian Cox dans Churchill, de Jonathan Teplitzky, campé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, étant très frais, il y a de fortes chances que L’heure la plus sombre, de Joe Wright (Atonement, Anna Karénine), et son acteur principal, Gary Oldman, souffrent de la comparaison. Mieux vaut donc laisser ses impressions au vestiaire afin de totalement plonger dans ce drame historique bavard, sobre mais non dénué d’esbroufe.

Rongé par le cancer, Neville Chamberlain (Ronald Pickup) annonce au roi George VI (Ben Mendelsohn) qu’il souhaite quitter ses fonctions de premier ministre du Royaume-Uni. Le successeur qu’il propose, Winston Churchill (Gary Oldman, magistral), fait sourciller Sa Majesté. De caractère difficile, d’une personnalité excentrique, l’homme, âgé de 65 ans, demeure pour plusieurs celui qui est responsable de la mort de 50 000 hommes à la bataille de Gallipoli durant la Première Guerre mondiale.

Le 10 mai 1940, à quelques semaines du miracle de Dunkerque, Churchill succède malgré tout à Chamberlain. Il est impopulaire au sein de son parti, et son premier discours à la Chambre des communes, où il n’offre « que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur », est accueilli par une froide indifférence. Le choc de cette réception glaciale est d’autant plus frappant que Joe Wright souligne par sa mise en scène la superbe du politicien qui passa à l’histoire grâce à son talent oratoire et ses positions héroïques. Soutenu par sa femme Clementine (Kristin Scott Thomas, impériale), le vieux lion s’oppose vivement à Viscount Halifax (Stephen Dillane), qui souhaite accepter l’offre de paix d’Hitler.

Dans le sillage du grand homme, Joe Wright fait apparaître sa secrétaire personnelle, Elizabeth Layton (Lily James, décorative). On soupçonne le scénariste Anthony McCarten (La théorie de l’univers, de James Marsh) de s’être largement inspiré du livre de cette dernière, Winston Churchill by His Personal Secretary, paru en 2007, peu avant sa mort.

La dame y trace le portrait d’un homme attachant malgré son tempérament bouillant, souvent ému aux larmes malgré ses accès de colère, tel qu’on le retrouve sous l’épais maquillage rendant Oldman méconnaissable, notamment dans la scène où Churchill va à la rencontre du peuple anglais en prenant le métro. On regrette que le personnage de la secrétaire, témoin privilégié s’il en est, ne fasse ici que figure de brave jeune femme admirative.

Ponctué de travellings latéraux offrant l’image d’un Londres insouciant quelques mois avant le Blitz, L’heure la plus sombre contourne ou suit à distance respectueuse Churchill et ses pairs par des mouvements de caméra d’une grâce aérienne. Se déclinant en une suite de huis clos oppressants, ce drame historique édifiant de Joe Wright dessine aussi sous un jour vulnérable la figure d’un politicien plus grand que nature. Humain et inspirant.

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L’heure la plus sombre (v.f. Darkest Hour)

★★★

Grande-Bretagne, 2017, 125 minutes. Drame historique de Joe Wright. Avec Gary Oldman, Lily James, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn, Stephen Dillane, Samuel West et Ronald Pickup.