«L’autre côté de l’espoir» — l’homme avec un avenir

C’est l’histoire du réfugié Khaled, mais aussi celle de Waldemar, le restaurateur qui le prendra sous son aile après qu’on l’eut condamné à l’expulsion.
Photo: Malla Hukkanen EyeSteelFilm C’est l’histoire du réfugié Khaled, mais aussi celle de Waldemar, le restaurateur qui le prendra sous son aile après qu’on l’eut condamné à l’expulsion.

À la nuit tombée, dans le port d’Helsinki, une masse de charbon s’anime soudain dans la cale d’un bateau. Un jeune homme en émerge, la peau barbouillée. À pas feutrés, il quitte le navire et s’avance dans la ville endormie. Son nom est Khaled, un Syrien qui espère être admis comme réfugié par les autorités locales. L’autre côté de l’espoir, c’est son histoire, mais aussi celle de Waldemar, le restaurateur qui le prendra sous son aile après qu’on l’eut condamné à l’expulsion. Le film, qui lui a valu l’Ours d’argent de la meilleure réalisation à la Berlinale, marque également le retour d’Aki Kaurismäki après un hiatus de six ans.

Dans l’intervalle, le cinéaste finlandais a de toute évidence continué d’être habité par les mêmes questionnements qui ont nourri son précédent film, Le Havre. Dévoilé en compétition à Cannes et lauréat du prix Louis-Delluc, Le Havre conte les péripéties d’un cireur de chaussures français qui décide de cacher un adolescent africain débarqué illégalement dans la ville portuaire en pensant être arrivé à Londres. Tandis que rôde un inspecteur de l’immigration, un réseau d’entraide se met en place autour d’eux.

Dans L’autre côté de l’espoir, Kaurismäki reprend ces mêmes grands axes, à la différence qu’il change sa focalisation. En effet, après avoir privilégié le point de vue du citoyen bon samaritain, l’auteur place cette fois davantage l’accent sur celui du clandestin. Le titre est en cela révélateur.

Aller voir L'autre côté de l'espoir ou pas? La réponse de François Lévesque.

 

 

Hilarante monotonie

Découvert sur la scène internationale en 1989 avec Leningrad Cowboys Go America puis consacré en 2002 avec L’homme sans passé, Grand Prix à Cannes, Aki Kaurismäki possède un style minimaliste immédiatement reconnaissable. Beaucoup de plans fixes, pas de mouvements de caméra extravagants, une action se déroulant dans un présent ressemblant curieusement au passé, des décors dénudés volontairement ringards, des silences à profusion, et surtout, un sens de l’absurde exacerbé par un ton qui se situe quelque part entre l’impassibilité et la monotonie.

Une réplique représentative ? Celle-ci, livrée d’une voix neutre, quasi indifférente, par une amie de Waldemar : « Je vais m’installer à Mexico. Je boirai du saké en dansant le hula. J’ai besoin d’animation après toute cette tranquillité et ce silence. »

On est cosmopolite ou on ne l’est pas. Or, gravité et légèreté sont traitées à l’identique. Ainsi Sherwan Haji, qui interprète Khaled, joue-t-il sur ce même registre lorsqu’il explique avoir perdu toute sa famille dans l’explosion de sa maison, près d’Alep.

L’autre côté de l’espoir est certain de plaire aux habitués de l’univers de Kaurismäki, qui, tout en continuant de préconiser des mécanismes de distanciation formelle, révèle plus ouvertement un fond humaniste. En témoigne entre autres son opposition, en alternance, d’exemples de xénophobie et de solidarité sociale.

À cet égard, et pour toutes les merveilleuses idiosyncrasies qui l’accompagnent, la démonstration apparaît parfois un brin appuyée, moins subtile que dans Le Havre. Ce qui n’empêche toutefois pas L’autre côté de l’espoir d’être un joli cru.

Parlant d’espoir : on nourrit celui qu’il ne faille pas attendre encore six ans avant qu’Aki Kaurismäki revienne avec un nouveau film.

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L’autre côté de l’espoir (V.O., s.-t.f. et s.-t.a.)

★★★ 1/2

Comédie dramatique d’Aki Kaurismäki. Avec Sherwan Haji, Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen. Finlande, 2017, 98 minutes.