«DPJ» – Quand la famille tourne mal

Le documentaire «DPJ» n’est pas agréable à regarder. On en sort avec plus de questions que de réponses.
Photo: Productions Lustitia Le documentaire «DPJ» n’est pas agréable à regarder. On en sort avec plus de questions que de réponses.

Guillaume Sylvestre aime bien que ses films entraînent le débat. Ce fut le cas d’ailleurs pour l’un de ses documentaires, Secondaire V, tourné a l’école Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont. Avec DPJ, son dernier film, le cinéaste hausse la barre de difficulté de réalisation en suivant les travailleurs d’un monde troublé, celui du Directeur de la protection de la jeunesse, ainsi que les familles auprès desquelles ils interviennent.

Sans jamais occuper personnellement l’écran, il a donc suivi plusieurs familles ciblées par le DPJ, à qui on retirera finalement, pour tout de suite ou pour toujours, la garde de leurs enfants.

C’est peut-être précisément parce qu’il aime le débat que Guillaume Sylvestre a choisi une majorité de cas qui se trouvent en zones grises. Ce sont pour la plupart des cas de négligence : parents fermement drogués qui n’arrivent pas à mettre un terme à leur consommation malgré la naissance d’un enfant, parents dépassés qui n’envoient pas leur enfant à l’école, mère déficiente qui oublie de donner la médication nécessaire à son fils, on touche ici le fond du baril de la parentalité. Et le spectateur ne peut faire autrement qu’être atteint par cet étalage de misère humaine.

C’est d’ailleurs sans doute ce que le cinéaste cherche. Et ça n’est pas un hasard si le film se clôt sur cet enfant, dont la mère criminalisée vient d’être arrêtée, mais qui, désespéré de retourner vivre avec elle, obtient la permission de lui parler au téléphone.

Dans tous ces cas, les travailleurs de la Protection de la jeunesse doivent prendre des décisions cruciales : faut-il placer ou non un enfant ? Et si oui, pour combien de temps ? Quelle sorte de droits de visite doit-on accorder aux parents ? Avec les drames humains que cela charrie, du côté des parents comme de celui des enfants.

Les travailleurs ne prennent évidemment pas ces décisions seuls. Et le film met aussi en lumière l’implacable froideur de l’appareil législatif qui a le dernier mot dans tous ces dossiers. Tous ces intervenants, des travailleurs du DPJ aux juges de la Chambre de la jeunesse, ne parlent évidemment pas la même langue que les familles démunies qu’ils veulent aider. Forcée d’établir des règles qui s’appliquent à tous, la loi détermine les modalités du suivi, impose une grille d’évaluation qui tente d’établir qui peut ou non s’occuper d’un enfant. Force est de constater qu’il y a quelque chose d’inhumain dans tout cela, et cela fait partie aussi du drame.

DPJ n’est pas un film agréable à regarder. On en sort avec plus de questions que de réponses. Fallait-il vraiment placer ces enfants, comment vivront-ils, le cas échéant, l’adoption, est-il possible pour des parents de surmonter leurs incapacités ?

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DPJ

★★★

Documentaire de Guillaume Sylvestre. Canada, 2017, 116 minutes.