«Tadoussac» – Deux coeurs en hiver

Martin Laroche (La logique du remords, Modernaire) ne fait pas d’esbroufe, pas plus qu’il ne donne dans le spectaculaire ou ne cherche à tout prix à choquer la galerie. Cela ne l’empêche toutefois pas de signer des oeuvres qui remuent, qui chavirent. En toute simplicité, en toute sincérité, en toute honnêteté, mais sans jamais tomber dans la facilité.

Dans Les manèges humains (2012), il racontait en caméra subjective le drame d’une jeune femme ayant subi l’excision (Marie-Évelyne Lessard). Si l’approche déroutait d’emblée, le réalisateur y explorait avec une rare sensibilité la psyché féminine. Cinq ans plus tard, il nous refait le coup dans Tadoussac, où il oppose deux personnages féminins diamétralement opposés, mais réunis par un sombre et triste secret.

D’une approche plus conventionnelle que Les manèges humains, Tadoussac met en scène une jeune fille réservée, Chloé (Camille Mongeau), qui, après avoir quitté Montréal sur un coup de tête, se rend sur le pouce à Tadoussac au coeur de l’hiver. Par sa manière de traquer sa protagoniste, évoquant au passage Rosetta des frères Dardenne, Martin Laroche traduit le sentiment d’urgence qui l’habite, le trop-plein d’émotion qu’elle peine à exprimer, l’envie de fuir sans donner d’explication.

Arrivée à destination, Chloé, qui prétend s’appeler Fanny, se trouve un petit boulot qui lui permet d’être logée, nourrie et blanchie. Ne perdant pas de vue son héroïne hermétique et peu bavarde, le metteur en scène la suit discrètement dans son banal train-train quotidien. Alors que se dessinent au loin les beautés hivernales de Tadoussac, Laroche s’entête à cadrer serré Chloé, comme s’il cherchait à pénétrer ses pensées. Loin de lui l’idée de jouer au touriste émerveillé.

Bientôt, Chloé témoigne un intérêt particulier à Myriam (Isabelle Blais), charismatique guide touristique. Avec la complicité de son amie Laurie (Juliette Gosselin), venue prendre de ses nouvelles, Chloé se rapproche de Myriam, dont elle découvre le caractère intempestif. Puis, un malheureux événement amènera Chloé et Myriam à affronter leur passé, à partager leur désespoir, à espérer la rédemption.

Il ne se passe pas grand-chose dans Tadoussac. Pourtant, Martin Laroche y raconte un grand drame. Tandis que l’une parle peu et que l’autre se livre sans méfiance, Chloé et Myriam deviennent l’une pour l’autre un troublant miroir. Filmant de près ses deux personnages, créant ainsi une atmosphère d’abord oppressante puis propice à la confidence, le cinéaste tisse patiemment le récit de cette rencontre provoquée par la première et que la seconde aurait préféré esquiver.

Ce faisant, il nous entraîne doucement vers une finale bouleversante où, à travers la sobriété des émotions et l’économie de mots, la douloureuse vérité est enfin révélée. Face à Camille Mongeau, d’une parfaite retenue, la lumineuse Isabelle Blais confirme, une fois de plus, qu’elle est une grande actrice dans ce double portrait féminin délicatement nuancé.

Tadoussac

★★★ 1/2

Drame psychologique de Martin Laroche. Avec Camille Mongeau, Isabelle Blais, Juliette Gosselin, Josée Gagnon, Vuk Stojanovic et Isabelle Boivin. Canada (Québec), 2016, 90 minutes.