«Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri» — Celle qui a dit «assez»

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes (Frances McDormand) prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police (Woody Harrelson) sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.
Photo: 20th Century Fox Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes (Frances McDormand) prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police (Woody Harrelson) sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

L’histoire que conte Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri est épouvantable. On y rit pourtant beaucoup, curieusement. Le film relate la quête de justice d’une femme qui, excédée par l’absence de résultats dans l’enquête sur le viol et le meurtre de sa fille, décide de secouer les autorités locales. Rien de drôle en perspective. Or, des moments d’hilarité surviennent bel et bien, ceux-ci imputables non pas à l’effet « salon funéraire » menant à des fous rires intempestifs, mais plutôt à la causticité d’un scénario remarquable.

Dramaturge irlandais reconverti dans la scénarisation et la réalisation, Martin McDonagh causa une petite sensation avec son premier long métrage Bienvenue à Bruges (In Bruges), exercice comico-criminel enlevé campé dans la Venise du Nord. Son second film, Les psychopathes (Seven Psychopaths), autre récit de gangsters en goguette, ne manquait pas de piquant, mais péchait par excès de verbe, McDonagh, à l’instar de Tarantino, aimant parfois un peu trop s’écouter dialoguer par l’entremise de ses personnages.

À cet égard, Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri, qui met par ailleurs en vedette deux des acteurs principaux du précédent film de McDonagh, Woody Harrelson et Sam Rockwell, s’avère parfaitement maîtrisé. Rien ne dépasse, rien n’est de trop, non qu’on en soit conscients pendant le film, trop absorbés que l’on est par l’intrigue.

La prémisse, il est vrai, est brillante.

Hasard ou stupidité

Les trois affiches du titre longent une route de campagne peu fréquentée sur laquelle Mildred Hayes (Frances McDormand, sidérante de mordant et de détresse refoulée) passe deux fois par jour. Presque huit mois auparavant, sa fille Angela a connu une fin atroce au pied de l’une d’elles. Depuis, silence radio du côté de la police. Sur un coup de tête, Mildred loue les panneaux d’affichage vétustes.

« Violée en agonisant », « Et toujours pas d’arrestation », « Pourquoi, shérif Willoughby ? » peut-on bientôt y lire.

Seulement voilà, le shérif Willoughby n’est pas le flic incompétent ou indifférent auquel on aurait droit dans un film plus conventionnel. Incarné par le toujours formidable Woody Harrelson, Willoughby doit composer avec des subalternes pour la plupart incapables, à commencer par le constable Dixon (Sam Rockwell, génial). Qui plus est, comme il l’explique à un certain moment, il est des enquêtes qui ne fournissent hélas aucune piste, aucun indice.

« Ces affaires-là, il arrive qu’on les boucle parce que le coupable s’est vanté de son crime pendant une beuverie. On doit parfois s’en remettre au hasard. Ou à la stupidité », conclut-il.

Justement, le hasard et la stupidité sont deux des facteurs clés à l’oeuvre dans le scénario de McDonagh, qui n’opte jamais pour les développements faciles ou convenus.

Du concept de justice

De l’initiative de Mildred résulte un enchevêtrement de répercussions inattendues que McDonagh parvient à rendre aussi logiques que crédibles. Cela, en maintenant ce ton tragicomique qui, tout détonnant soit-il en apparence, rend les personnages profondément attachants malgré leurs travers respectifs.

Ce faisant, l’auteur médite non seulement sur le concept de justice, mais plus spécifiquement sur celle qu’on peine davantage à rendre dès lors que la victime est de sexe féminin. Ce qui est particulièrement satisfaisant ici, c’est que l’action — et la réflexion subséquente — est provoquée par une femme qui a décidé que cela suffisait. Loin de se muer en une opposition manichéenne entre matriarcat et patriarcat, la suite multiplie à l’inverse les nuances et les audaces.

Au cours du film, chacun des trois protagonistes pétris de contradictions vit une importante transformation par rapport à ses convictions initiales. Le spectateur aussi, en une prise de conscience pas toujours confortable.

Car dans Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri (V.F. de Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)

★★★★ 1/2

Drame de Martin McDonagh. Avec Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Abbie Cornish, Peter Dinklage, Zeljko Ivanek. États-Unis, Grande-Bretagne, 2017, 115 minutes.

1 commentaire
  • Jean-Rémi Brabant - Abonné 25 novembre 2017 11 h 47

    Trois affiches tout près d'Ebbing, Missouri

    Bonjour à vous,
    Je déplore de ne plus trouver dans Le Devoir les cinémas et les horaires qui ont rapport avec le film désiré. J'apprécierai aussi de connaître la date de sortie des DVDs pour les films qui ont quitté l'affiche.
    Merci.