Torill Kove, la cinéaste montréalaise à la fiche parfaite

La cinéaste montréalaise d'origine norvégienne Torill Kove
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La cinéaste montréalaise d'origine norvégienne Torill Kove

Trois films à son actif, trois présences aux Oscar : Torill Kove est sans doute la cinéaste québécoise qui affiche le meilleur taux de réussite — si la cérémonie est le principal gage de la réussite.

La Montréalaise d’origine norvégienne est pourtant méconnue : c’est qu’elle opère dans le court métrage d’animation. Court et animé, deux genres parmi les moins visibles.

Cette semaine est celle des festivals de la marge, Plein(s) Écran(s), l’événement Web des courts métrages, et Les Sommets du cinéma d’animation, présentés à la Cinémathèque québécoise. C’est au second que s’est collée Torill Kove.

Celle qui n’est revenue de Los Angeles qu’une fois avec la précieuse statuette — en 2006, pour Le poète danois — présente aux Sommets son quatrième titre, RubansThreads en anglais. L’histoire traite des rapports mère-fille, incarnés par un ruban rouge qui finit par se casser, en harmonie.

« J’ai eu une bourse et me suis engagée à parler de l’adoption », dit la réalisatrice et scénariste, qui a vite voulu s’éloigner du portrait d’orphelins. « Je n’ai finalement pas fait un film sur l’adoption, mais sur l’affection, sur les phases d’une relation d’une mère avec sa fille. »

Après une trilogie campée en Scandinavie, amorcée avec Ma grand-mère repassait les chemises du roi (1999), Torill Kove a voulu orienter son cinéma vers de nouveaux sentiers. Sans référence géographique, Rubans se démarque surtout par l’absence de dialogues.

« La nature d’un amour comme celui-là… C’est quelque chose qui n’a pas de mots, pas de langue », estime celle qui est mère adoptive.

Si le récit scrute encore les relations familiales, le dessin, lui, s’est simplifié. Excepté pour des plans à vol d’oiseau, les décors sont réduits au minimum. Les scènes de foule sont devenues rares. Du coup, la musique, signée par le compagnon de la réalisatrice, Kevin Dean, a pris de l’importance.

Jazzée, orchestrée ou au piano seul, la trame musicale accompagne des séquences moins narratives, comme un clin d’oeil à un genre bien défendu au Québec par les Pierre Hébert et Theodore Ushev.

« J’ai toujours fait appel à la voix pour raconter mes images. Sans voix, la structure est plus libre. J’ai joué avec les images, d’abord sans couleurs, seulement avec les deux personnages. C’était presque abstrait », dit Kove en parlant de son processus de création.

Les 16es Sommets de l’animation s’étalent pendant cinq jours et proposent plus d’une centaine de films, répartis en différentes sections, dont plusieurs compétitives, comme celle vouée aux « films très courts » (deux minutes maximum).

Coproduit par l’ONF et le conseil des arts norvégien, Rubans est inscrit dans le programme Compétition internationale 3, projeté deux fois samedi. Torill Kove y participe avec plaisir, sachant que c’est le meilleur moment pour rencontrer le public. Elle en profitera pour lancer le livre tiré de son premier opus, édité pour le moment en anglais seulement.

Et la fiche parfaite aux Oscar ? Elle n’y pense pas, assure-t-elle.

Pour le moment, Rubans fait partie d’une liste, avec 63 autres courts d’animation, dont plusieurs autres canadiens, comme I Like Girls de Diane Obomsawin. Fin novembre, l’Académie réduira les candidats à dix films. À noter que plusieurs de ces potentiels oscarisés font partie des Sommets.

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