Vie de hockey, leçon de vie

Le réalisateur Éric Tessier et l’acteur Rémi Goulet sur le plateau de «Junior majeur».
Photo: Les films Séville Le réalisateur Éric Tessier et l’acteur Rémi Goulet sur le plateau de «Junior majeur».

Ils étaient pas mal pee-wee quand le Québec les a découverts. Leurs airs enfantins crevaient certes l’écran, mais rien n’assurait à Antoine Olivier Pilon, Rémi Goulet et Alice Morel-Michaud qu’ils avaient leur place au soleil.

Cinq ans plus tard, jeunes adultes, les revoilà en haut de l’affiche. Le trio vedette de Pee-wee, l’hiver qui a changé ma vie (2012) reprend du service dans ce qui a l’apparence d’une suite en temps réel, Junior majeur. Janeau, Joey et Julie ont aussi vieilli de cinq ans.

« Une suite, non, je dirai plutôt une continuité », dit Éric Tessier, le réalisateur des deux films, heureux de retrouver ses « surdoués ». « Il se passe tellement de choses entre 13 et 18 ans », soupire-t-il.

En 2012, on suivait les Lynx de Saint-Hilaire. Cette fois, le récit met en scène les Saguenéens de Chicoutimi, de la LHJMQ. Les Russes, hier principaux rivaux, cèdent leur place aux Huskies de Rouyn-Noranda. Les protagonistes ont gagné en indépendance. Et en volume. Leurs gaffes aussi : la trame est pimentée de conduite en état d’ébriété, d’usurpation de responsabilités, de polémique dans les médias. Film de hockey ou portrait de société ?

Près des ligues majeures


Chicoutimi, Québec, Rimouski, Sherbrooke, Gatineau, Shawinigan… Par sa manière de décliner l’itinéraire de promotion de l’équipe de Junior majeur, Alice Morel-Michaud exprime, d’un souffle, l’esprit dans lequel baigne une actrice de son âge (19 ans) et de son expérience (Kaboum, Subito texto, L’heure bleue).

Photo: Les films Séville Julie, qui gardait les buts dans le premier film, flirte avec le journalisme sportif.

Dans sa voix, il y a un mélange de professionnalisme et d’euphorie. De sérieux et de conte de fées. Gamine, elle en rêvait. La voilà sur les rails d’une vraie carrière.

« J’ai commencé à cinq ans [le court métrage Les adieux, de Lisa Sfriso] et je ne me suis jamais posé la question à savoir si je voulais faire autre chose. Au moment de Pee-wee, je le savais. Là, c’est juste plus concret. »

Ses partenaires et elle se trouvent, comme leurs personnages, à quelques pas des ligues majeures. À l’écran, c’est la LNH qui se profile devant Janeau et Joey. Julie, qui gardait les buts dans le premier film, flirte avec le journalisme sportif. Les trois, les six, ont grandi au même rythme, pas tout à fait ensemble ni tout à fait séparément.

Rémi Goulet, présent à la télé (District 31, L’heure bleue, L’académie) et au cinéma (Le bruit des arbres), commence à croire qu’il réussira « à faire ça toute la vie ». Quoi d’autre sinon ? « Maudite bonne question », répond celui qui s’imaginait jadis pompier. Antoine Olivier Pilon semble bien en selle, après les gros tests réussis sous la direction de Xavier Dolan — deux fois plutôt qu’une, le vidéoclip College Boy et Mommy — et de Yan England (1:54).

C’est facile parce que nos personnages ont grandi ensemble. Il y a un historique, qu’on ne dit pas, mais qu’on sent. Il y a aussi une espèce d’historique dans notre adolescence. Ça paraît à l’écran.

 

Complices

Quand on leur demande quelle différence il y a entre Pee-wee et Junior majeur, ils sont unanimes : leur complicité est désormais naturelle, authentique. Alice Morel-Michaud, encore porte-étendard : « C’est facile parce que nos personnages ont grandi ensemble. Il y a un historique, qu’on ne dit pas, mais qu’on sent. Il y a aussi une espèce d’historique dans notre adolescence. Ça paraît à l’écran. »

Complices ? Et comment : les trente minutes devant l’enregistreuse, ils les passent à se picosser, sous la table ou en mots, à se cajoler, à répondre en choeur. « Communication is the key », clament les deux acteurs, d’un seul rire bon enfant.

Devenus hommes, Rémi Goulet et Antoine Olivier Pilon devaient assumer le rôle de sportifs de haut niveau. Bien que doublés lors des scènes d’action, ils patinent et manient le bâton quand même devant la caméra. Le premier s’est mis à la boxe, question d’améliorer sa condition physique. Le second a engagé un entraîneur personnel. « Je savais qu’il y avait des scènes où je serai torse nu, je voulais être le plus gonflé possible », dit Pilon. « Ce sont ses fesses que l’on voit », assure, moqueur, son complice.

Julie ne patine plus, mais Alice Morel-Michaud n’y voit aucune frustration. La réalité est telle que les hockeyeuses ne jouent pas dans la LHJMQ. « C’est encore la Julie, passionnée de hockey, qui prend les choses en main. Elle est déterminée », affirme son interprète.

Grandir, pas toujours facile

Film de sport, oui, mais Junior majeur est plus que ça. Les scénaristes, les mêmes que derrière Pee-wee (Emmanuel Joly et Martin Bouchard), décrivent une jeunesse aux prises avec l’apprentissage d’une vie colorée d’alcool et d’amour, d’amitié et de trahison, de vengeance, de peur de l’échec. La compétition est féroce, à bien des niveaux. Les Pilon, Goulet et Morel-Michaud qui aspirent à une carrière à l’écran font face, quelque part, aux mêmes défis.

« [Le joueur de] la LHJMQ doit faire des choix. On peut faire un parallèle avec la gloire de la carrière d’acteur. Le spotlight est sur nous, reconnaît Rémi Goulet. On a des responsabilités, d’un coup, et grandir là-dedans n’est pas toujours facile. »

Pour Alice Morel-Michaud, le privilège des vedettes n’est pas « glorifié ». « On montre les conséquences réelles de leurs actions, les conséquences négatives, dit-elle. Il n’y a pas de filtre [pour faire] beau. Agir de cette façon peut être grave. Voir les conséquences, ce sont des apprentissages. »

Antoine Olivier Pilon est rassuré : son Janeau apprend à se responsabiliser, finit par réparer ses erreurs.

Alors, film de sport ou leçon de vie ? Pour Pilon, c’est un peu des deux, mais pas pour celui qui incarne son rival. « Pee-wee est un film de sport, Junior majeur, une leçon de vie. Les personnages auraient pu être des acteurs, des chanteurs », dit Rémi Goulet. Alice alias Julie l’appuie : « L’histoire ne tourne pas autour du hockey, mais autour des relations interpersonnelles. »