«Y’est où le paradis?» — quête boréale

Le cinéaste Denis Langlois
Photo: Axia Films Le cinéaste Denis Langlois

Samuel et Émilie ont toujours eu une relation difficile. Frère et soeur, lui l’aîné, elle la cadette, ils sont atteints d’une déficience intellectuelle. Ils ont tous deux été élevés par leur mère, mais Sam vit depuis quelques années déjà auprès de Diane et Jean, dans un foyer d’accueil. Puis voilà qu’un jour, le malheur s’abat. « Un gros camion a frappé la voiture de ta maman. Tu comprends ce que ça veut dire ? » de demander Jean à un Sam troublé derrière sa mine impassible. Lorsqu’Émilie le rejoint, l’incompréhension qui retarde l’arrivée de la peine ne fait qu’exacerber la tension qui a toujours compliqué leurs rapports. Y’est où le paradis ?, c’est l’histoire d’un deuil, mais surtout d’une réconciliation.

Ainsi Sam et Émilie, toujours prompts à se repousser l’un l’autre, ont-ils une chose en commun : un désir, voire un besoin de « rentrer à la maison ». Ils y parviennent à la faveur d’une fugue nocturne. Mais leur maison est vide, cruellement vide.

Théâtre de souvenirs heureux au temps de leur petite enfance, le lac Matchi Manitou s’impose alors à eux comme un lieu mythique où les attend leur mère. En motoneige, à pied, par grand froid, les voilà lancés dans une nature belle, mais dangereuse (un paradoxe présent dans le nom même de leur destination, matchi manitou signifiant en réalité « mauvais esprit »).

De périls en péripéties, Sam et Émilie iront au bout de leur quête, au bout d’eux-mêmes.

Interprètes justes et vrais

Y’est où le paradis ? est un tout petit film. Un tout petit film très attachant, malgré ses défauts. Le scénario de Bertrand Lachance et Denis Langlois, au premier chef, manque de souffle. Mise en branle au mitan seulement, l’odyssée de Sam et Émilie aurait gagné à être enrichie de quelques développements. Entre un détour chez mère-grand et une nuitée mouvementée chez un ermite, le récit tourne un peu à vide, le frère et la soeur se lâchant puis se retrouvant de manière un brin redondante.

La réalisation de Denis Langlois est toutefois de bonne tenue, attentive aux interprètes autant qu’à l’environnement. Naturaliste, la direction photo de Philippe Roy, un habitué de l’hiver (Diego Star de Frédérick Pelletier), capte la beauté des panoramas en toute simplicité.

Cela étant, c’est d’abord et avant tout le travail des comédiens qui emporte l’adhésion. Incandescente dans le récent La petite fille qui aimait trop les allumettes de Simon Lavoie, Marine Johnson démontre ses dons de caméléon, tout comme le talentueux — et trop rare — Maxime Dumontier (Tout est parfait d’Yves-Christian Fournier et bientôt Genèse de Philippe Lesage), d’ailleurs. Tous deux jouent avec une justesse, une vérité des plus émouvantes, là où Hollywood nous a habitués à des « appâts à Oscar » caricaturaux.

Ces deux-là, on les suivrait n’importe où, y compris aux confins de la forêt boréale.

Y’est où le paradis ?

★★★

Drame de Denis Langlois. Avec Maxime Dumontier, Marine Johnson, Patrick Renaud, Élyse Aussant. Québec, 2017, 90 minutes.