«L’amant double»: frères ennemis

Jérémie Renier en est à sa troisième collaboration avec le réalisateur François Ozon, après «Les amants criminels» et «Potiche».
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jérémie Renier en est à sa troisième collaboration avec le réalisateur François Ozon, après «Les amants criminels» et «Potiche».

Presque vingt ans après le thriller Les amants criminels et sept ans après la comédie Potiche, Jérémie Renier a eu le plaisir de retrouver François Ozon, qui lui avait fait une offre qu’il ne pouvait refuser : incarner des frères jumeaux aux caractères diamétralement opposés. « Dans Les amants criminels, j’étais la victime, alors que dans L’amant double, je suis plutôt le bourreau », souligne l’acteur.

Adapté de L’amour en double de Joyce Carol Oates, ce thriller érotique met en scène Chloé (Marine Vacth, révélée dans Jeune et jolie d’Ozon en 2013), gardienne de musée souffrant d’inexplicables maux de ventre, qui entreprend de suivre une thérapie. Après quelques séances, son psychanalyste, Paul Meyer (Jérémie Renier), y met un terme en lui avouant qu’il est amoureux d’elle.

Alors qu’elle coule des jours tranquilles avec Paul, Chloé découvre qu’il lui a caché l’existence de son frère jumeau, Louis Delord, qui est aussi psychanalyste. Sous prétexte que ses maux de ventre sont réapparus, Chloé consulte Louis en cachette. S’ensuit une liaison torride et tordue.

« Après Frantz, qui était très classique, mélancolique, en noir et blanc, où il n’y avait pas de scènes de sexe, connaissant François depuis longtemps, je crois qu’il a voulu faire quelque chose de différent en se disant : “Je vais vous montrer que je ne suis pas un vieux croulant, je vais faire un film où il y a du cul !” »

Cachant à tous deux qu’elle connaît l’existence de l’un et l’autre, Chloé cherche à comprendre ce qui a pu causer la rupture entre les deux frères antagonistes. Alors qu’elle tente de dissiper le mystère, la jeune femme commence à douter de l’existence du jumeau de Paul.

« C’est marrant, car si on assemble Paul et Louis, on a un idéal masculin. Le premier est rassurant et bienveillant ; le second, arrogant, avec une sexualité animale. C’est un peu comme la maman et la putain. Je les imaginais comme des vases communicants, mais d’autres peuvent les imaginer comme une seule personne. J’ai aussi imaginé que leur rapport conflictuel était peut-être un jeu d’enfants entre eux. »

Dominant, dominé

Avec François Ozon, Jérémie Renier souhaitait que ses personnages ne tombent pas dans la caricature, malgré quelques situations délicates, cocasses et coquines… « Le but était qu’on ait le sentiment que Paul soit le faible et Louis, le dominant. Je ne voulais pas que Paul soit ennuyeux parce qu’il est gentil ; François avait peur que Louis, qui est méchant, soit ridicule. Je gardais en tête que Paul était peut-être plus pervers et plus manipulateur qu’il n’en donnait l’impression, et que Louis était plus faible, et que derrière cette prestance et cette arrogance, il cachait un complexe, une fêlure. »

Pour Jérémie Renier, il ne s’agissait pas de la première fois qu’il incarnait un homme vivant une relation conflictuelle avec son frère. Ainsi, dans Nue propriété (2007), de Joachim Lafosse, l’acteur et son frère aîné Yannick incarnaient deux frères jumeaux qui se déchiraient sous les yeux de leur mère (Isabelle Huppert).

« Il y a entre nous une confiance naturelle, de la bienveillance. Avec lui, on a eu l’impression d’être plus fort à deux que seuls — on l’a même senti face à Isabelle Huppert. À des endroits où je suis plus faible, il est plus fort, et vice versa. »

Cette complicité que les frères Renier partagent leur aura permis de réaliser un premier long métrage, Carnivores, que coproduisent les frères Dardenne — ceux qui ont révélé le talent du cadet dans La promesse en 1995.

« Il s’agit d’une fable qui met en scène deux soeurs exerçant le même métier ; c’est ma relation avec mon frère que j’ai déformée et instaurée dans mes personnages. J’avais cette envie de réaliser bien avant de jouer. Je ne sais pas pourquoi ça me fascinait, mes parents étant ostéopathes, mais j’avais envie de raconter des histoires, de toucher une caméra, de faire des images. Quand j’ai réalisé ce film avec mon frère, je me suis rendu compte que toute ma vie avait été dirigée vers ce point-là. Je ne veux pas dire que je suis brillant, mais professionnellement, c’est là où je me sens le plus rempli. »

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