RIDM: tous les rêveurs s’appellent David

Céline Baril refuse l’étiquette de militante lorsque l’on aborde son plus récent documentaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Céline Baril refuse l’étiquette de militante lorsque l’on aborde son plus récent documentaire.

Céline Baril reçoit l’insigne honneur d’ouvrir ce jeudi la 20e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) avec son film le plus ambitieux, ne serait-ce qu’en matière de distances parcourues. Dans 24 Davids, elle fait fi des frontières en explorant huit pays sur trois continents pour aller à la rencontre de gens qui portent tous… le même prénom.

Elle qualifie cette proposition de « contrainte insolite ». « Ça aurait pu être des Marie ou des Paul », souligne la réalisatrice, issue des arts visuels, qui tisse depuis la fin des années 1980 une filmographie libre et éclectique, où la fiction (Du pic au coeur) côtoie le documentaire (538 fois la vie), voire le road-movie au milieu des paysages infinis du Nord québécois (La théorie du tout).

Friande de hasards, son envie d’aller à la rencontre de physiciens « pour avoir une idée de notre place dans l’univers » s’est doublée d’une agréable surprise, celle de constater le nombre important de scientifiques portant le prénom de David. « Il y en avait quatre à l’Université de Sherbrooke et pas moins de six à l’Institut Périmètre de physique théorique de Waterloo, en Ontario », affirme celle qui regrette « de voir rarement des physiciens dans des films autres que des films de science ».

Dans 24 Davids, faut-il le préciser, on ne voit pas seulement des physiciens ! Celle qui voulait « aborder les grandes mutations du monde » l’a fait avec des gens dont le métier est de scruter l’univers, remettant constamment en question les théories qui guident notre compréhension des mécanismes de la vie sur terre. Mais à côté d’eux, combien d’autres figures héroïques, plus près du quotidien, font preuve d’une imagination tout aussi débordante. Et elle en trouve autant à Medellín, en Colombie, pour contrer les ravages des cartels de la drogue, qu’au Ghana, coiffé du triste titre de poubelle électronique de l’Occident, ou encore à Londres, où le coût de la vie atteint des niveaux stratosphériques.

Céline Baril refuse l’étiquette de militante lorsque l’on aborde son film, nullement un hommage à ceux qui changent le monde, « comme dans Demain [de Mélanie Laurent et Cyril Dion], avec des gens qui font des choses extraordinaires ». Ses personnages n’en sont pas moins méritoires, mais pour les choisir, ses critères relevaient plus de la poésie que de la politique. « On dit souvent que, si tu n’as pas d’angle, tu te perds. J’aime avancer dans la brume, aller à côté de mes idées, et justement me perdre. Ça m’a permis de rencontrer des gens lucides, mais aussi rêveurs. »

Cette liberté, offerte par l’ONF grâce à son programme Cinéastes en résidence, où elle a pu passer deux ans à peaufiner son film, n’a pas modifié son approche artisanale. « J’ai accumulé 32 heures de tournage et 24 personnages nommés David : si vous calculez, ça ne fait pas beaucoup pour chacun, mais ça permet à la conversation d’être intense. Quand je sens que j’ai obtenu ce que je voulais, je m’en vais. Trop de gens tournent des documentaires de type caméra de surveillance. »

Le charme du film est rehaussé par les splendides bricolages musicaux de Marie-Hélène Leclerc-Delorme du groupe Foxtrott (« Des atmosphères électroniques dignes de la pop des années 1980 », souligne, admirative, Céline Baril), s’amusant aussi à exposer la mécanique cinématographique. « Je ne souhaitais pas un documentaire trop lisse. En visionnant les rushes, comme c’est un film de rencontres, j’ai décidé d’inclure le spectateur, de lui montrer le processus, ces moments d’attente, ceux où l’on place un micro, les bruits inattendus, etc. Ça surprend, et je trouve ça plus chaleureux. »

Film d’ouverture des RIDM, 24 Davids sera aussi présenté le samedi 11 novembre à 16 h 30 à la salle Jean-Claude Lauzon du pavillon Judith-Jasmin Annexe et prendra l’affiche le 2 février 2018.