«Double peine» — Jamais sans ma mère

Au Népal, les enfants en bas âge vivent en prison avec leur mère avant d’être placés dans une famille d’accueil ou recueillis par d’autres membres de la famille.
Photo: Les Films Séville Au Népal, les enfants en bas âge vivent en prison avec leur mère avant d’être placés dans une famille d’accueil ou recueillis par d’autres membres de la famille.

Transportant le spectateur au Népal, au Québec, en Bolivie et aux États-Unis, l’émouvant documentaire Double peine traite d’un sujet méconnu et rarement exploité en fiction comme en documentaire, soit le sort des enfants de mères détenues. En choisissant ces quatre endroits dans le monde, Léa Pool (L’industrie du ruban rose) a voulu illustrer le fait que, malgré les différences entre les conditions carcérales, le constat demeure le même : l’enfant a besoin de sa mère. Et peu importe où celle-ci se trouve, l’enfant veut être auprès d’elle.

Au Népal, les enfants en bas âge vivent en prison avec leurs mères avant d’être placés dans une famille d’accueil ou recueillis par d’autres membres de la famille. En Bolivie, les enfants peuvent rester avec leur mère derrière les barreaux jusqu’à leur majorité. Au Québec et aux États-Unis, de telles conditions de détention sont impensables ; pour maintenir le lien mère-enfant, on s’en tient à quelques visites par année. Peu à peu, la technologie s’intègre dans les centres d’incarcération, permettant, comme on le voit dans le segment américain, des conversations Skype, moins impersonnelles qu’au téléphone.

Avec sensibilité, pudeur et respect, Léa Pool esquisse un portrait de ces femmes à travers le regard de leurs enfants, qui livrent leurs réflexions avec aplomb et candeur. Et avec beaucoup de lucidité et de maturité, car, comme on le constate notamment chez cette jeune Québécoise, les enfants dont l’un des parents est derrière les barreaux semblent mûrir prématurément.

Dénué de jugement, Double peine ne dévoile pas la nature des crimes commis par ces mères, souvent chefs de famille monoparentale. Dans certains cas, on devine qu’elles ont été entraînées à commettre des gestes répréhensibles pour fuir l’extrême pauvreté ou la violence domestique.

Alors qu’elle démontre les limites du système carcéral, la cinéaste rend hommage aux organismes humanitaires qui assurent de maintenir les liens entre les familles. Sans jamais verser dans le misérabilisme, le voyeurisme ou le pathos, Léa Pool présente quatre occasions spéciales où mères et enfants se retrouvent pour célébrer, le temps d’oublier leur dure réalité. Chacune de ces parenthèses enchantées se termine par de déchirantes effusions ou des émotions difficilement contenues.

Si chaque segment de Double peine s’avère touchant, le fait qu’ils se suivent sagement l’un après l’autre confère un effet de redondance au documentaire. Servant de fil rouge, des extraits de la Charte des droits spéciale établie en 2005, à San Francisco, par des enfants de détenus, apparaissent discrètement à l’écran. À elles seules, les demandes fondamentales de ces jeunes justifient la réalisation d’un tel documentaire.

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Double peine

★★★

Documentaire de Léa Pool. Canada (Québec), Suisse, 2017, 104 minutes.